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t gothique est redevable de ses vrais chefs-d'oeuvre et de ses plus
incontestables grandeurs." L'eglise Saint-Nicolas, de Nantes, en est une
preuve nouvelle; on peut dire qu'elle est l'oeuvre de deux hommes
superieurs, l'architecte, M. Lassus, et le cure de Saint-Nicolas, M. l'abbe
Fournier. M. Lassus, mort il y a peu de temps, etait, avec M.
Viollet-Leduc, l'architecte de notre epoque qui connaissait le mieux l'art
du moyen age; il appartenait a cette ecole qui, il y a trente ans, en face
des formes grecques et romaines que l'on s'obstinait a imposer
indifferemment aux eglises, aux casernes et aux palais, proclama
l'excellence de l'architecture gothique, son caractere national, sa
convenance avec notre climat, son appropriation au culte catholique. La
restauration savante de Notre-Dame et de la Sainte-Chapelle avait deja
temoigne de l'etendue de son erudition et de la surete de son gout. Il lui
a ete donne de produire deux oeuvres completes: l'eglise de Belleville et
Saint-Nicolas de Nantes, consideres aujourd'hui comme les reproductions les
plus exactes, les plus correctes et les plus elegantes du XIIIe siecle. A
Nantes, il eut le bonheur d'etre seconde par le cure, M. l'abbe Fournier,
un de ces hommes qui, quel que soit le milieu ou ils se trouvent, savent
donner le branle, le mouvement et la vie: activite qui ne se lasse pas,
ardeur toujours prete, intelligence rapide, connaissances variees et
etendues, amour du beau, M. l'abbe Fournier avait tout ce qu'il fallait
pour concevoir, entreprendre et mener a fin une oeuvre aussi considerable.
Pas de difficulte qui le rebutat: le gouvernement ne pouvait donner qu'une
subvention insuffisante, il previt quelles sommes enormes couterait son
eglise: il n'hesita pas, il se mit a l'ouvrage, comptant sur la foi et la
charite de ses paroissiens, et elles ne lui ont pas manque. L'architecte et
le cure s'entendaient; ils avaient tous deux reve une eglise modele, rien
ne fut neglige: ornementation exterieure, sculpture delicate, vitraux,
statues, peintures murales, le pave meme, fait en labyrinthe, comme dans
les anciennes eglises, ils ont voulu avoir tout ce qui reproduisait le
caractere et la physionomie des basiliques du temps de saint Louis.
L'architecte ne comptait pas avec le temps, le cure avec l'argent;
l'architecte cherchait en tout la perfection; pas un detail qui ne lui
coutat des recherches; il feuilletait les manuscrits du moyen age pour une
serrure comme pour un balustre;
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