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s chevaliers de la feodalite
et l'elegance des grands seigneurs de la monarchie. Ce palais a encore un
grand aspect, mais avec un air de morne tristesse: la couleur grise du
temps donne a ses murailles une teinte melancolique, comme la couleur plus
pale de la vieillesse qui commence s'etend sur un beau visage. Qu'est
devenue la splendeur de cette maison? ou sont les princes de cette fiere et
illustre famille, les Soubise, les Guemenee, les Montbazon?
Au pied du chateau, coule une riviere, ou plutot un canal qui, ici, s'unit
a la riviere, participant ainsi du cours d'eau cree par Dieu et du fosse
creuse par l'homme, alliant a la courbe independante de la riviere
capricieuse la ligne droite et raide du canal industriel.
Voila que commence l'automne: le ciel a pali, sa voute immense est toute
couverte de petits nuages; pas un souffle de vent ne les pousse; son dome
semble frappe d'une immobilite eternelle. La riviere, unie comme une glace,
reflete en traits arretes les longs peupliers qui bordent ses rives; ils
s'alignent comme une armee, un leger frisson court sur leur cime sans la
faire plier, et ce murmure continu qui se prolonge finit par emplir, comme
une grande voix, la nature entiere. Dans cette universelle paix, quelques
bruits lointains traversent les airs; une paysanne qu'on n'apercoit pas
chante sa chanson, dont une note triste termine le refrain; les batteurs
suspendent et recommencent leurs coups cadences; sur le sol sonore, les
fleaux lourdement retombent; a leurs coups pesants, on dirait la plainte de
l'homme qui gemit de ne pouvoir quitter la terre qui le retient.
Le soleil ne parait pas dans le ciel; le bleu eclatant a fait place a une
lumiere terne; ce n'est pas la froide clarte de l'hiver, ce n'est plus la
chaude transparence de l'ete: pas d'oiseau qui chante, pas d'insecte qui
murmure; une paix solennelle s'etend sur les cieux, la terre et les eaux;
la nature s'enveloppe dans un calme puissant; elle semble, reveuse et
etonnee, se reposer d'avoir produit tous ses fruits. Ainsi l'homme, dont
Dieu a touche un moment le front, apres qu'il a verse ses pensees, s'arrete
et demeure immobile, les yeux fixes sur un point invisible, et comme
suivant dans l'air l'ange fugitif qui l'inspira.
A quelques lieues de Josselyn s'etend, sur la pente d'une colline,
Guemenee, vieille petite ville qui n'est guere formee que d'une rue, et la
rue de vieilles maisons a pignons aigus qui n'ont pas bouge depuis des
siecles,
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