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de ces penchants violents par lesquels l'homme
ressemble a un animal aveugle et furieux; il fait le voeu, et il l'observa
jusqu'a sa mort, vis-a-vis meme de ses parentes, de ne plus regarder jamais
une femme de ces yeux qui avaient tant peche. Sa vie passee avait ete une
vie tout effeminee, de mollesse et de plaisirs faciles; il en mene une
toute dure, de fatigues et de peines, il ne dort que tout habille, par
terre ou sur une chaise; comme d'autres inventent des voluptes nouvelles,
il s'applique a la recherche des pratiques les plus rudes; de tourments
dont il puisse souffrir a chaque instant: il porte des souliers dont les
clous transpercent la semelle et entrent dans les chairs, et il entreprend
ainsi de longs pelerinages, faisant jusqu'a dix lieues par jour dans ce
supplice. En un mot, la regle qu'il a prise est _de faire a son corps le
plus de mal qu'il pourra_[1].
[Note 1: Le P. Dominique de Sainte-Catherine, _Vie de M. de
Queriolet_.]
Le plus de mal a son corps, et le plus de bien a son prochain. Le poete,
quand il a voulu faire de l'avare un portrait saisissant, l'a montre avec
tous les dons de la fortune: il possede une grande maison, des valets, des
chevaux, une voiture, seulement il n'en use pas; et c'est dans Moliere un
trait de genie: la vilite de son avare parait d'autant plus qu'il est plus
riche. Queriolet aussi, qui veut se livrer a la penitence, ne suit pas la
regle ordinaire; il ne se defait pas de ses biens, il ne se rend pas
indigent; il a un chateau, des domestiques et des terres, il les garde;
seulement, tout cela n'est pas son bien, mais celui des pauvres; il ne le
possede pas, il ne s'en regarde que comme l'econome. Lui aussi, il est
avare, il place toute sa fortune chez les pauvres; mais c'est un avare plus
avise qu'un autre, il touchera l'interet dans le ciel.
Ainsi, il conserve ses domestiques, mais pour l'aider dans son oeuvre de
charite; son chateau, il le transforme en hopital, il y recueille et y
installe tous les malades et les infirmes du pays, et, n'en trouvant pas
encore assez, il fait des voyages expres pour en aller chercher au loin. A
toute heure, on peut entrer chez lui, il a toujours a donner; quand il n'y
a plus rien, il distribue ses vetements, et jusqu'a ses rideaux et ses
draps; jamais son ble n'est porte sur le marche pour etre vendu, il le
partage entre les pauvres; qu'a-t-il besoin d'ailleurs de ces revenus? il
ne depense pas par an cent livres; quand il ne jeu
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