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ille a
son chateau demantele, que personne n'habite et dont les pierres
s'ecroulent une a une; la nouvelle, ses vastes casernes toutes
retentissantes du bruit des chevaux et des clairons, et bordees par le
canal qui apporte les marchandises, les produits du commerce, le mouvement
de la vie moderne; Pontivy se transforme chaque jour un peu pour devenir
Napoleonville.
Redon, au premier aspect, a quelque chose de plus breton. Ses vieilles
eglises, dont une surtout, vaste basilique romaine, ne le cede en rien aux
plus remarquables eglises de Bretagne, son antique halle supportee par des
piliers a base du XIe siecle, rappellent d'abord les vraies cites bretonnes
du Finistere; mais on est bien vite desabuse. Par la Vilaine, large ici et
profonde, les navires, apres avoir passe a toutes voiles sous le pont de la
Roche-Bernard, jete entre deux rochers a deux cents pieds au-dessus de
l'eau, arrivent de la mer jusqu'a Redon. Un ancien proverbe disait que,
chaque siecle, Rieux, ville voisine, irait diminuant et Redon grandissant.
La prediction s'est accomplie: Rieux n'est plus qu'un bourg sans
importance; Redon, pour les besoins de son commerce sans cesse accru, a
construit des quais, creuse un large bassin, bati de vastes magasins. Par
Nantes, il est en rapport avec le centre de la France; par la mer, avec les
ports de l'Europe entiere. Il sera bientot, comme tous les ports,
cosmopolite.
Ploermel a davantage encore cet aspect indecis qui semble indiquer
l'indifference de race et de caractere. Un musicien celebre a place le
sujet d'une de ses oeuvres a Ploermel, et a voulu peindre la Bretagne dans
une fete patronale de Ploermel. S'il eut connu la Bretagne, il aurait su
que nulle part le genie breton n'est moins marque: on n'y parle pas breton;
le costume n'a rien de breton; les moeurs ne se distinguent pas des moeurs
de l'interieur; Ploermel n'a meme pas de veritable Pardon. C'est une petite
ville monotone, sans animation, telle qu'on en rencontre partout en
province. Ce n'est presque plus la Bretagne, c'est deja la France.
Il reste pourtant quelques debris: c'etait la jadis le coeur de la
Bretagne; on est pres de Josselyn, de Guemenee, du champ du combat des
Trente. Josselyn est la demeure d'un des derniers Rohan: beau chateau, avec
ses deux facades dissemblables, les grosses tours sur la riviere, et la
gracieuse et legere decoration de la facade de la cour, marquant, chacune a
sa maniere, la force qui appartenait aux ancien
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