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es poesies vraiment bretonnes; car il faut remarquer
que les pieces imitees sont des sujets vagues, etrangers a la Bretagne, et
qui pourraient aussi bien etre ecrites a Paris qu'a Nantes ou a Rennes;
mais quand M. Halgan traite un sujet breton, le poete redevient lui-meme;
il s'emeut, il se complait a ce qu'il voit et raconte. On dirait qu'il
passe encore sa langue sur ses levres, quand il peint le souper de
crepes[1]. Voyez avec quelle nettete et quel tour pittoresque il decrit le
brillant costume de Loc-Tudy (_le retour du Pardon_); il parcourt la plaine
nue qui s'etend de Guerande au bourg de Batz, semee de mulons de sel et
coupee de marais salants, et, en quelques traits, il en rend la tristesse
et la sauvage grandeur, de meme qu'il dessine fierement la robuste
population des paludiers du Croisic:
[Note 1: Voir l'_Appendice_.]
... C'est un beau peuple, un peuple jeune et male,
A la taille elancee et svelte, aux yeux altiers,
Aux cheveux longs et noirs, au teint blanc sous le hale[1].
[Note 1: Voir l'_Appendice_.]
M. Steph. Halgan est deja un poete breton, et plus il avancera, plus il
deviendra Breton. M. Em. Grimaud n'a plus a se former, c'est le poete
national, qui cherche et qui trouve ses impressions dans l'histoire, dans
le sol de son pays, la Vendee. Il avait commence aussi, comme bien des
jeunes poetes, par l'imitation. Son premier volume, les _Fleurs de Vendee_,
contient plusieurs pieces ou l'on retrouve le faire, la coupe, les idees
memes des poetes de l'ecole romantique; mais le caractere original n'a pas
tarde a se deceler. Il a en lui deux sources pures et profondes: le
sentiment de la nature et l'amour de son pays; il sent les harmonies de la
campagne; il erre le matin dans les champs, en ecoutant d'une oreille
attentive et charmee la bergeronnette et la fauvette qui _lui dit ses plus
belles chansons_, le merle sifflant dans le buisson; il erre dans les bois
en reveur, avec cette melancolie propre au Vendeen; ou bien savourant
l'haleine du Bocage aux premiers jours de mai, le long des chemins
couverts, il decouvre les gracieux et frais mysteres des hotes du
printemps[1].
[Note 1: Voir l'_Appendice_.]
Son pays, sa noble Vendee, il ne l'aime pas simplement, il la respecte, il
l'admire, et il la chante comme un fils pieux; il recueille ses traditions
et ses legendes, mais non pas a la facon des chroniqueurs froids et
sceptiques; il les redit en sa poetique langue, avec l'accent
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