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deux hotes du paradis, tomba a genoux et leur
dit "Je ne possede au monde qu'un pommier, dont les fruits me sont voles
chaque annee pendant que je vais recueillir des aumones. Comme ces fruits
sont le seul bien auquel je tienne ici-bas, accordez-moi que tout ce qui
montera dans mon pommier ne puisse en descendre sans ma permission, et vous
aurez fait pour moi mille fois plus que je n'ai fait pour vous.--Que ton
desir soit satisfait!" dirent saint Pierre et saint Paul, et tous deux
disparurent.
"A l'automne suivant, le pommier de Misere etait charge de beaux fruits,
que le bonhomme, cette fois, comptait bien manger seul; mais un matin qu'il
sortait de sa cabane, et qu'il jetait les yeux sur son arbre pour voir si
les pommes etaient bonnes a cueillir, il apercut M. Richard pris dans les
branches, et faisant d'inutiles efforts pour descendre: "Comment! s'ecria
Misere, c'est vous, Monsieur Richard, qui avez tant de biens et qui volez
encore les fruits du pauvre!... Eh bien! tout le monde va savoir que vous
etes un voleur..." Et aussitot le bonhomme courut appeler tous les gens du
village. Tous accoururent, et crierent _haro_ sur M. Richard, deteste a
cause de son avarice et de sa mechancete.
"M. Richard, honteux et confus, priait, suppliait Misere de l'aider a
descendre, promettant de lui payer tous les fruits qu'il lui avait pris, et
de lui donner encore une belle somme; mais le bonhomme le laissa tout le
jour s'agiter et se demener en vain dans l'arbre, et la nuit venue, il le
lacha, en lui disant: "Allez, Monsieur Richard, je ne veux rien de vous;
mais n'y revenez plus, car cette fois vous n'en sortirez pas."
"Un jour que Misere, etait bien malade, la Mort se presenta a lui tout a
coup et lui dit de sa plus grosse voix:--Allons, Misere. il faut me suivre;
es-tu pret?--Vous savez bien, repondit le bonhomme, que je suis toujours
pret a vous suivre, car je n'ai rien a emporter de ce monde et rien a y
laisser; mais, cependant, il n'est ame qui n'ait un desir ou un regret en
quittant ce monde, et j'ai un service a reclamer de vous. Vous etes si
bonne que vous ne refuserez pas de me le rendre, d'autant plus que pour me
satisfaire, il vous faut peu de temps et encore moins de peine... Vous
voyez, pres de ma porte, ce beau pommier qui a de si beaux fruits, je
voudrais bien manger une de ces pommes; seriez-vous assez complaisante pour
m'en cueillir une?--Qu'a cela ne tienne! dit la Mort, je veux, au moins une
fois, etre agre
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