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crire, il lui donna le gracieux titre de _Fleurs
inconnues_.
Ce sont aussi ces qualites qui font l'attrait des vers de poetes plus
jeunes qui chantent aujourd'hui, M. Emile Grimaud, M. Stephane Halgan,
mademoiselle Elisa Morin, M. le comte de Saint-Jean, et un conteur qui, lui
aussi, est poete en prose, Jules d'Herbauge. Les _Recits et nouvelles_ de
Jules d'Herbauge (sous ce nom se cache une femme qui porte un nom illustre,
madame la comtesse de ........), ont ete publies en partie par la _Revue
des Deux-Mondes_, et les juges les plus difficiles y reconnurent aussitot
un talent vraiment superieur: une exposition simple faite avec un calme sur
de soi, force que possedent seuls les maitres; ils partent d'un pas mesure,
comme des gens qui savent quelle route ils ont entreprise et comment ils la
doivent finir; les caracteres se dessinant, l'action se nouant en peu de
mots, sans reflexions par les faits memes; peu de dialogue,--le dialogue
n'est souvent qu'un moyen de cacher l'embarras du romancier, qui n'est pas
maitre de son sujet; lorsque les caracteres sont bien traces, il n'est pas
besoin de tant de paroles; aussi peut-on remarquer que les conteurs de
notre temps qui excellent dans le dialogue ne dessinent pas de
caracteres;--un puissant interet dramatique, naissant du developpement des
passions, qui vous emeut, vous attache et vous entraine, parce que l'auteur
est lui-meme emu des evenements qu'il voit et qu'il met sous les yeux;
l'impartialite dans la peinture des moeurs, une intelligence enfin des
sentiments les plus divers. Deux nouvelles bretonnes, _la Jaguerre_ et _la
Grande Perriere_, rappellent par la terreur, le fantastique et la verite,
les beaux recits de Walter Scott; dans d'autres, la finesse d'observation
et une singuliere connaissance des ruses feminines decelent la main d'une
femme.
Le comte de Saint-Jean, pseudonyme d'une autre femme qui a donne deux
recueils remarquables par une verve poetique peu commune, et mademoiselle
Elisa Morin, dont les vers sont sincerement emus et souvent passionnes,
continuent la pleiade de femmes poetes auxquelles la ville de Nantes a
donne naissance: mesdames Dufresnoy, la princesse C. de Salm-Dyck, Melanie
Waldor et Elisa Mercoeur.
M. Stephane Halgan a publie un volume de poesies, intitule _Souvenirs
bretons_, ou l'on reconnait deux manieres, l'imitation de MM. Hugo et de
Musset, avec une certaine habilete dans la facture du vers; puis, et c'est
la meilleure partie, l
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