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'etaient ces
Arabes si fiers d'ordinaire, dont l'attitude et la demarche sont empreintes
d'une si profonde dignite, qui passent, independants, leur vie dans la
plaine et sous la tente; et parcourent le desert, dont ils sont les
maitres, sur leurs chevaux rapides, dont les jeux quotidiens sont de vrais
jeux de l'homme, les _fantasias_, ou, lances au galop, ils se poursuivent
et se depassent, jetant leurs longs fusils en l'air, ajustant, couches sur
leurs hautes selles, un ennemi invisible, faisant retentir la poudre qui
les enivre et les enveloppe de fumee; ces memes Arabes qui, hier encore,
poussant le cri de guerre, livraient aux Francais ces combats acharnes
d'ou, quand ils en triomphaient, nos capitaines rapportaient un nom
glorieux! Eh bien! ces adversaires terribles, que nous avons appris a
estimer en les combattant, c'etaient eux qui, la, prosternes et courbes
sous la main de Dieu, rendaient a Dieu l'hommage qui lui est du, grands et
veritablement hommes dans leur adoration comme dans la bataille.
C'est la un serieux sujet d'esperer en l'avenir de ce peuple: il a des
vices, il est abattu par la corruption d'une religion fausse, mais il
possede une vertu feconde: son coeur est religieux; il a le sentiment de sa
condition vis-a-vis de Dieu, il ne s'abuse pas sur sa force, il ne se
dresse pas debout comme un rival du Tout-Puissant; il se relevera.
Queriolet etait resolu a changer de vie: mais ne croyez pas qu'il se va
confiner dans un monastere, pour s'y abimer dans les prieres et les
meditations solitaires: cette vie de retraite semble trop facile a cette
ame active; il avait donne au monde le spectacle de ses desordres et de ses
vices, il fera le monde temoin de sa penitence: la il trouvera encore a
chaque pas les memes objets qui l'ont tente; il lui faut combattre des
ennemis vivants, presents, qui se renouvellent sans cesse: voici la
cupidite, l'orgueil, la volupte; il part en croisade, il n'attend pas
l'ennemi, il le va chercher.
D'abord, il se prend au plus rude et plus difficile a vaincre, l'orgueil,
l'orgueil qui, selon le mot d'un Pere[1], est un renoncement a Dieu et un
mepris des hommes. Il n'a pas plus tot arrete sa resolution, qu'il monte a
cheval pour retourner en Bretagne: on ne voyageait pas en ces jours de
troubles sans etre arme; il etait venu en Poitou dans un menacant equipage,
les pistolets a la ceinture et l'epee au flanc; il en repart dans une toute
autre attitude: il attache ses pistolets
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