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IIe et XVIIIe siecles; veritable musee
francais, galerie de grands hommes et de femmes celebres dont s'est
entouree, ainsi que d'une garde de glorieux ancetres, une des plus nobles
et des plus illustres familles de Bretagne, les Bec-de-Lievre.
Ces musees, ces collections, partout repandues, ont bien plus de prix en
province qu'a Paris. En province, ou l'esprit se laisse facilement aller a
la paresse, s'amollit et s'abat, ou il n'est pas reveille par cette
production continue d'oeuvres de la pensee qui, sans cesse, tient Paris
debout, on a besoin de secousses intellectuelles, et ces secousses,
precisement, parce qu'elles sont plus rares, ont une action plus vive et
plus profonde: la vue de ces chefs-d'oeuvre, rencontres ca et la a de longs
intervalles, est comme l'eclair qui decouvre tout a coup un pan de ciel
bleu, fait entrevoir au-dessus de la vie materielle l'atmosphere des nobles
pensees, et ramene dans les ames le culte sacre du beau.
IV
Societe academique de Nantes.--Poetes et romanciers.
Nantes a tous les caracteres de la grande ville moderne: son port, ou des
milliers de navires debarquent les produits de l'Amerique et des Indes; sa
Bourse active, ses fabriques et ses usines bruyantes, aux hautes cheminees
d'ou s'echappe une noire fumee; les magasins et les cafes de ses rues
neuves, resplendissants de glaces et de dorures, comme a Paris; et, dans
les vieux quartiers, les boutiques sombres encombrees de ballots, de cafes,
de sucres, des denrees de tous les pays du monde; son chemin de fer qui
traverse la cite de part en part, le long de son beau fleuve, a vingt pas
des navires, et emporte et rapporte incessamment, au vol de ses chevaux de
feu, les lourds wagons de Paris a Nantes, de Nantes a Saint-Nazaire,
reliant d'un double sillon la capitale a la mer; ses courses, ses theatres,
et ce mouvement, enfin, condition et marque distinctive de notre age,
violent, fievreux, qui precipite les revirements de fortune, et qui, pour
arriver plus vite, a trouve des ressources nouvelles, la vapeur,
l'electricite, la lumiere du soleil, prompts comme nos desirs impatients.
Mais Nantes n'est pas uniquement une ville de commerce et d'industrie,
preoccupee de vendre des epices, de raffiner du sucre ou d'armer des
navires: les lettres, les arts, les sciences y sont cultives avec zele,
ardeur, et, ce qui est plus rare, avec desinteressement.
Elle n'est pas, comme Rennes, le siege d'une faculte des lettres et d'une
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