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bourgeois, les paysans.
La Bretagne est une des provinces de France ou les proprietaires vivent le
plus sur leurs terres; beaucoup y passent l'annee tout entiere. De la une
communaute d'habitudes, un echange de services, des relations plus
familieres et plus intimes, qui n'otent rien au respect d'une part, a la
dignite de l'autre. Proprietaires et fermiers, reunis au congres, sont
soumis aux memes conditions et juges par les memes lois; souvent le
proprietaire concourt avec son fermier. Dans ces melees animees, ou l'on se
communique ses procedes, ou l'on s'aide de ses conseils, ou l'on distribue
des prix et des encouragements, les riches proprietaires et les nobles
traitent les paysans sur le pied de l'egalite; ici, la superiorite est au
plus habile: c'est un paysan, Guevenoux, qui, en 1857, eut les honneurs du
congres de Redon.
Voici quatorze ans que l'Association bretonne existe; l'ardeur a toujours
ete en croissant; les congres sont devenus des solennites: on y vient de
tous les points de la Bretagne. Le congres s'ouvre par une messe du
Saint-Esprit, les autorites du pays le president, les prix sont decernes en
grande pompe. Au concours des laboureurs, on voit souvent soixante charrues
en ligne partir a la fois et ouvrir devant elles un long et droit sillon.
Parmi les juges, on cite des membres de l'Institut, des savants couronnes
par les academies, les plus beaux noms de la Bretagne, et ceux qui se sont
jadis illustres dans les guerres contre les Anglais, et ceux qui viennent
de conquerir, en Afrique et en Crimee, une gloire nouvelle: le comte de
Sesmaisons, le general Duchaussoy, le comte Caffarelli, MM. de la
Villemarque, de la Monneraye, etc. Les habitants des chateaux voisins, les
dames de la ville, remplissent la vaste salle des seances, ou se livrent
des luttes qui sont quelquefois vives, car les Bretons tiennent fortement a
leurs opinions, mais toujours courtoises. Les membres de l'Association se
rendent a la distribution des prix en grand appareil, au milieu d'une
population empressee comme pour une fete, au son des cloches, entre deux
haies de troupes, a travers les rues de la ville, pavoisees du drapeau
national breton, la banniere a hermines en tete. Voila les fetes qu'il faut
au peuple et que le peuple aime: quand il assiste a ces solennites, ou il
se voit represente par les plus nobles et les plus dignes, il se sent vivre
et il se redresse avec un legitime orgueil, car il se rend la justice qu'il
est
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