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lui souffla saint Pierre a l'oreille.
--Laissez-moi faire, j'ai mon idee. Eh bien! Seigneur, puisque vous voulez
me faire un don, ordonnez que tous les objets que je pourrai desirer soient
forces d'entrer dans mon sac.
--Je le veux, dit Jesus-Christ, mais a condition que tu ne demanderas
jamais d'argent et seulement les objets dont tu pourras avoir besoin."
Longtemps il en fut ainsi; le sac ne se remplissait que de pain, de fruits,
de legumes, et souvent il se vidait au profit des pauvres; mais qui peut
jurer de ne jamais succomber a la tentation? Un matin, Christophe, en
passant dans les rues de la ville, s'arreta devant la boutique d'un
changeur; il eut tort, car la vue de toutes ces piles d'argent lui inspira
de mauvaises idees: "Vois, lui disait _er milliguet_[1], tout ce que tu
pourrais faire avec cet or! Quand ce ne serait que pour rebatir la
chaumiere des malheureux et leur rendre l'existence plus douce; et dire
qu'il te suffit d'un signe pour que tout cela soit a toi!"
[Note 1: Le Maudit.]
Christophe eut un moment de faiblesse, et l'argent passa dans son sac.
_Petra faut tho_[1]? Ce n'etait encore qu'un homme, et il n'etait pas
devenu saint, comme il le fut depuis. Aussi cette premiere faiblesse fut
suivie de bien d'autres, et, tout en etant genereux, pour le pauvre monde,
il ne laissait pas que de gouter les charmes de la bonne chere et tout ce
qui s'ensuit. Or, un jour qu'apres diner, il se reposait a l'ombre sur le
gazon, vint a passer _er diaoul_[2], qui se mit a le narguer et a lui faire
toutes sortes de sottes plaisanteries. Christophe n'etait pas patient, les
poings lui demangeaient, aussi fut-il bientot debout et la bataille
commenca; comme les forces etaient egales, deux jours dura la lutte, sans
qu'on put en prevoir la fin. L'herbe epaisse avait disparu sous leurs
pieds, et l'on entendait au loin comme le bruit de deux marteaux tombant et
retombant l'un apres l'autre; ils y seraient encore si Christophe ne
s'etait heureusement souvenu de son sac: "Ah! _milliguet diaoul_[3], par la
vertu de Notre-Seigneur, tu vas entrer dans mon sac." Ce qui fut fait a
l'instant, et aussitot de bien lier les cordons sur son prisonnier qu'il
jette sur ses epaules, en cherchant dans sa tete comment il s'en
debarrassera. Il passait pres d'une forge ou trois vigoureux compagnons
battaient le fer rouge a grands renforts de bras. "Voila mon affaire, se
dit Christophe," et s'adressant aux forgerons: "Tenez, leur d
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