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encore capable de grandes choses.
Depuis que ces pages ont ete ecrites, l'Association bretonne a ete
dissoute: un zele plus ardent qu'eclaire la representa comme une reunion
d'hommes qui, sous d'apparentes etudes d'histoire, cachaient des
preoccupations moins desinteressees; on craignit qu'elle ne devint un foyer
de passions et d'intrigues politiques. Ces craintes n'etaient pas fondees:
l'Association bretonne se composait d'elements divers, d'hommes appartenant
a tous les partis, ses congres se reunissaient avec le concours de
l'autorite; elle n'avait aucun des caracteres des associations politiques,
aucune des conditions des societes organisees pour conspirer. Quelle que
soit d'ailleurs la realite ou la vraisemblance des accusations qui ont
amene sa suppression, on ne saurait trop regretter une association qui,
pendant qu'elle a existe, a rendu tant de services a l'agriculture, a la
science historique et archeologique, qui excitait dans cinq departements
une emulation genereuse, donnait un but et un ensemble a leurs travaux,
developpait le gout des etudes serieuses et tendait a former dans la
province un de ces centres intellectuels qui, sans diminuer la force du
coeur de la France, reveillent a ses extremites le mouvement, la pensee et
la vie.
III
Musees et collections.
Outre leurs bibliotheques et leurs musees, on trouve dans presque toutes
les villes de Bretagne des collections particulieres. Paris, grace a Dieu,
n'a pas absorbe tous les chefs-d'oeuvre de l'art; plusieurs causes, le
loisir, l'aisance, les heritages, la destruction ou la vente des vieux
chateaux, le gout, enfin, des curiosites de l'art que developpe
l'uniformite d'une vie calme et inactive, ont facilite la formation des
collections en province. Ces collections sont precieuses en ce qu'elles ont
presque toutes le caractere local, qu'elles completent ou expliquent
l'histoire du pays. Sans doute, on ne saurait les comparer aux grandes
collections de Paris; mais il est tel livre, telle oeuvre d'art conserves
dans le musee d'une petite ville qu'envierait le Louvre ou l'hotel Cluny,
et que l'on est pourtant heureux de n'y pas voir. Ces beaux fragments que
l'on rencontre au milieu d'objets souvent mediocres, on les examine avec un
soin plus attentif, on les apprecie mieux; leur isolement meme leur donne
un interet de plus.
Ainsi, quel prix n'acquiert pas dans une ville de province le chef-d'oeuvre
d'un maitre, comme la _Chasse au lion_, de
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