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ses pieds ses parties les plus nobles; son intelligence, son corps, son
coeur, tout est frappe dans sa beaute; tout ce qui faisait sa force
s'envole.
Cependant ces grands vents, roulant sur les arbres, elevent des bruits
nouveaux, des murmures qui se prolongent, des sifflements brusquement
arretes, des sons plaintifs: et ces bruits, ces murmures ont une gravite
jusqu'alors inconnue; on les ecoute avec une tristesse reveuse et muette.
C'est la grande melancolie de la vieillesse, le silence, les meditations,
les retours, les souvenirs: l'homme entend derriere lui le flot de sa vie
ecoulee; il approche du sommet de la colline ou son horizon finit, et ou,
le sol se rompant tout a coup, il va commencer un autre voyage dans un pays
qu'il ne voit pas, et ou nul ne le verra.
Mornes paysages de l'automne, tristesse solennelle de la vieillesse,
changement qui se precipite et dont le denoument est inconnu, voila l'image
de l'antique Bretagne, de la Bretagne qui s'en va.
* * * * *
=APPENDICE=
I
Nous donnons ici quatre legendes bretonnes, recueillies dans le Morbihan et
le Finistere, et qui feront connaitre l'esprit du pays ou elles sont nees.
_La Lande de Lanvaux_ et _la Cathedrale_ sont extraites du livre de M. le
docteur A. Fouquet, intitule _Contes, legendes et chansons du Morbihan_; la
legende de _Saint Christophe_ a ete publiee par M. du Chalard, et celle du
_Chene de la Laita_ par M. du Laurens de la Barre, dans la _Revue de
Bretagne et de Vendee_.
=LA LANDE DE LANVAUX.=
Des bords de l'Ars aux rives de la Claie s'etend une immense plaine, ou le
voyageur ne saurait trouver une ombre contre le soleil, un abri contre le
vent, un refuge contre la pluie. Les pieds n'y foulent que des bruyeres
dessechees et des ajoncs rabougris; l'oreille n'y entend que les cris
plaintifs des vanneaux et les chants stridents des grillons; l'oeil n'y
decouvre que des rochers brises et des blocs bouleverses sur les sommets
peles de ce desert.
La, point de ruisseau qui serpente et qui murmure, point de source qui
filtre sous des gazons fleuris, point de lac azure qui reflechisse un
feuillage ombreux, mais des marais fangeux dans les bas-fonds, des
fondrieres boueuses sous des herbes raides et sombres, un etang aux eaux
rouillees dont les tristes bords n'ont pas un arbre, pas une fleur, pas un
glayeul.
Un jour que j'etais assis reveur au pied d'un menhir mutile et que
j'embra
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