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saut_. Les
juges declarent que le coup ne compte pas, et Postic se releve, aux
applaudissements des uns, au milieu du silence des autres.
Le spectacle va avoir maintenant une autre physionomie: jusque-la,
l'assemblee avait assiste, muette, aux incidents de la lutte; mais les
passions sont, a cette heure, eveillees: les gens de Scaer prennent parti
pour Postic, ceux de Banalec pour Herve. Le combat est repris plus vif,
plus acharne que la premiere fois; les deux lutteurs, animes par un interet
plus ardent, ont a soutenir, l'un son premier succes, l'autre sa
reputation. Ils ne demeurent plus dans le meme lieu, ils se pressent, ils
se poussent de plusieurs pas en arriere ou en avant; a chaque instant les
jambes sont lancees l'une dans l'autre; les bras, enlaces autour du buste,
font plier les reins; deux fois successivement ils s'enlevent de terre, et
l'on croit qu'ils vont tomber ensemble, puis ils reprennent pied et
recommencent le combat. Ils ont alors, dans ces mouvements precipites, des
gestes et des attitudes d'une admirable noblesse: lorsque Postic, tenant
fermement le bras droit d'Herve, et, lui serrant l'epaule gauche de son
autre main, l'eloigne de lui, et, la tete baissee en avant, s'appuie sur
l'une de ses jambes raidie comme un arc fortement bande, il rappelle ces
belles statues d'athletes que nous a laissees l'antiquite, et que l'on
regarde avec une sorte d'orgueil, tant elles donnent une grande idee de la
beaute et de la force de l'homme.
Les spectateurs, cependant, les yeux attaches sur les combattants, suivent
leurs mouvements avec une emotion passionnee: tout est oublie, excepte le
spectacle qui est devant eux. Hommes et femmes se baissent, se redressent,
comme si eux-memes prenaient part a la lutte; de la voix et du geste, ils
excitent les combattants; on entend a chaque instant: _Stard! Derta!
Courage! tiens bon!_ Ou bien ce sont des cris d'admiration a un coup
habile: _Ce n'est pas sot!_ Quelques-uns, emportes par une ardeur dont ils
n'ont pas conscience, se trainent sur leurs genoux et sur leurs mains, et
suivent dans sa marche desordonnee la lutte qui, a tout moment, change de
place; tous les bras sont agites, les yeux animes et brillants, tout le
monde a la fievre.
Mais, tandis que la lutte semble le plus incertaine, Postic saisit, de ses
deux mains fermees comme des etaux, le corps d'Herve, l'arrache du sol, et,
d'un effort gigantesque, l'enlevant par-dessus sa tete, le lance derriere
lui. Her
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