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'ardente
rivalite qui rend si longs leurs combats: Scaer est du Finistere, Guiscriff
du Morbihan; on verra ou, des deux pays, naissent les plus forts hommes.
Enfin, a la fete doit venir Mathurin[1], le fameux sonneur de biniou, celui
qui alla a Paris, jouer des airs bretons dans un drame breton, _la Closerie
des genets_, et que le roi voulut entendre dans son palais des Tuileries.
Vieux a cette heure, aveugle, on ne le voit plus que rarement aux pardons;
mais, repondant cette fois a l'appel du poete, il jouera quelques-uns de
ces airs melancoliques et sauvages, dont les notes aigues s'entendent par
dela les longues landes, airs des anciens temps, que le Breton, absent de
la patrie, repete au dedans de lui-meme, assis au bord de la route, le
front dans la main.
[Note 1: Mathurin est mort au mois de septembre 1859.]
Entre les jolies petites villes des cotes de Bretagne, Pont-Aven est une de
celles qui charment le plus d'abord et inspirent le desir de s'y arreter.
Un ravin tout encombre d'enormes roches, d'arbres confusement pousses,
aulnes, peupliers, saules, et, parmi ces arbres et ces rochers, une petite
riviere rapide, tournant autour des rochers, glissant entre leurs defiles,
bouillonnant en petites cascades, noire ou claire, selon qu'elle reflete
l'ombre des arbres ou la lumiere du ciel: voila le fond du tableau. Sur les
deux versants s'etagent les maisons de la ville, et presque autant de
moulins que de maisons s'eparpillent sur les bords, assis sur les roches ou
a demi caches dans les arbres[1]. Tout est riant et frais en cette jolie
vallee: au tic-tac regulier des grandes roues se mele le murmure de l'eau,
le frolement des herbes et des feuilles; la voix sourde de la nature, qui
ne se tait jamais, adoucit le bruit dur et triste du travail de l'homme.
[Note 1: Le proverbe dit: Pont-Aven, quatorze maisons, quatorze
moulins.]
Un peu plus bas, la riviere s'elargit, et, libre en son cours, plus
profonde, salee deja et verdatre, va se perdre dans la grande mer.
C'est dans une prairie, non loin de ce joli bourg qui attire les peintres,
qu'avait ete assigne le rendez-vous des luttes. Au lieu le plus eleve, sur
une estrade, etaient assis deux vieillards, celebres autrefois par leurs
victoires, et qui, aujourd'hui, a l'age de plus de quatre-vingts ans, la
tete couverte de longs cheveux blancs, avaient ete nommes juges du combat.
Derriere eux, de grands bois fermaient la prairie comme un rideau vert, et
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