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ls ont donne leur
nom aux femmes de Pont-l'Abbe: on dit les _bigoudens_ de Pont-l'Abbe. Le
reste du costume a autant d'eclat: la jupe, le corsage, les manches sont
ornes de larges galons verts, rouges, dores, de broderies, de torsades,
d'oeilleres en soie de toutes couleurs, et ces couleurs si diverses,
hardiment rapprochees, se fondent dans un ensemble brillant et harmonieux.
Les peuples simples ont souvent le secret de cette alliance heureuse de
couleurs opposees ou echoue la science des nations les plus raffinees.
Le costume des hommes n'est pas moins varie; on voit, l'un a cote de
l'autre, les hommes de Saint-Herbot et de Chateauneuf-du-Faou, dont le long
habit brun double de vert, orne de passementeries, de boutons et de
broderies de soie rouge, descend jusqu'aux genoux, comme l'ample habit du
temps de Louis XIV; les habitants des montagnes d'Arree avec leurs vestes
blanches; ceux du Faouet, dont le chapeau de paille, a larges bords, est
recouvert d'une sorte de resille qui retombe du sommet comme les fils d'or
ces casquettes de jockeys; les elegants de Fouesnant, qui mettent l'un sur
l'autre deux larges pantalons de couleur differente, debordant sur le
coude-pied; les hommes de Gourin, aux culottes demi-collantes, et ceux de
Quimperle, qui portent encore l'antique _bragou-bras_, la braie celtique a
mille plis, bouffant des deux cotes, descendant tout a fait au bas des
reins, et laissant passer la chemise entre le gros bouton qui le retient,
et la ceinture serree avec une large boucle de cuivre; et les gens de
Scaer, enfin, que l'on distingue tout de suite au saint sacrement brode en
soie qu'ils portent au milieu du dos, comme s'ils s'etaient declares serfs
de Dieu.
Un roulement de tambour annonce l'ouverture des luttes; un vaste cercle se
forme a l'instant, chacun prend place: les hommes s'etendent sur l'herbe, a
plat ventre, c'est le premier rang; d'autres, les retardataires,
s'agenouillent ou s'asseoient sur leurs talons, en seconde ligne; quant aux
femmes, elles se tiennent derriere, debout, en rangs presses.
Toutes ne se plaindront pas, d'ailleurs, de la place qui leur est assignee:
plus d'une, reconnue dans la foule par un jeune garcon qu'elle aussi, avant
lui-meme, a apercu, le verra de loin quitter son rang, se glisser derriere
le cercle attentif, et, le sentant, sans le voir, tout pres d'elle,
tournera a demi la tete pour entendre de douces paroles et laissera pendre
sa main dans la main de son amoureu
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