|
ers
que les jeunes filles chantaient aux veillees, on ne les trouve plus que
dans un petit nombre de paroisses, sur les confins du Finistere et du
Morbihan. La du moins, l'enthousiasme pour ces rudes joutes n'a pas
diminue; quelque minime que soit le prix, de nombreux lutteurs sont
toujours prets a le disputer, et jeunes, fiers, ardents, devant une foule
toujours emue, a briguer l'honneur de vaincre.
Parfois meme, ces jeux rustiques prennent un air de grandeur inaccoutumee.
Un riche proprietaire, defricheur de landes, comme les moines des premiers
siecles, savant admirateur des bardes bretons, barde lui-meme, poete en
cette langue celtique qui est demeuree immuable depuis trois mille ans,
veut celebrer un heureux evenement survenu dans sa maison, et donne une
fete populaire avec la pompe et l'eclat consacre par la tradition
antique[1].
[Note 1: Il y a quelques annees, une fete de ce genre fut donnee
par un savant breton, M. de la Villemarque, qui, a la science la
plus sure, unit ce vif sentiment de la poesie qu'on dirait inne
dans la nation armoricaine.]
Longtemps a l'avance la fete est annoncee dans cent paroisses: on
l'apprend, on se le repete le dimanche, au sortir de la messe. On y reverra
tous les jeux anciens, la course a pied, ou se deploie l'agilite des jeunes
hommes, les courses de chevaux qui attestent qu'elle n'a rien perdu de ses
robustes et patientes qualites, cette race de petits chevaux nerveux,
infatigables, courageux, que l'on dirait issus, comme les Bretons, de ce
sol de rocs; puis, apres les courses des femmes, et les courses en sac qui
font epanouir les visages et eclater les longs rires, les luttes, la
meilleure part de la fete. Le prix de la lutte, cette fois, ce n'est pas un
ruban, un chapeau, un maigre mouton de cinq francs; on parle de presents
magnifiques: trois prix sont reserves aux vainqueurs, une somme d'argent
suffisante pour acheter un champ, un taureau de quatre ans, aux cornes
dorees, et un costume breton complet; ce costume a coute trois mois de
travail au tailleur, qui a epuise tout son art a orner les larges
boutonnieres, les parements, les gilets et les guetres, de fins dessins en
soie de toutes couleurs, superbe vetement dont sera fier le plus riche gars
du pays. Des invitations ont ete adressees aux lutteurs les plus renommes,
a ceux de Rosporden, de Banalec, de Pont-Aven, de Fouesnant, de Kerneven;
on n'a pas oublie ceux de Scaer et de Guiscriff, connus par l
|