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attrait pour moi residait dans
l'isolement que je pouvais m'y procurer. Les chasseurs montaient rarement
la; leurs propos sauvages et silencieux n'arrivaient pas a cette hauteur.
J'avais coutume d'etendre ma couverture pres des parapets a demi ecroules,
de m'y coucher, et de me livrer, dans cette position, a de douces pensees
retrospectives, ou a des reves d'avenir plus doux encore. Un seul objet
brillait dans ma memoire; un seul objet occupait mes esperances. Je n'ai
pas besoin de le dire, a ceux du moins qui ont veritablement aime.
Je suis a ma place favorite, sur l'_azotea_. Il est nuit; mais on s'en
douterait a peine. Une pleine lune d'automne est au zenith, et se detache
sur les profondeurs bleues d'un ciel sans nuages. Dans mon pays lointain,
ce serait la lune des moissons. Ici elle n'eclaire ni les moissons ni le
logis du moissonneur; mais cette saison, belle dans tous les climats,
n'est pas moins charmante dans ces lieux sauvages et romantiques. La
Mission est assise sur un plateau des Andes septentrionales, a plusieurs
milliers de pieds au-dessus du niveau de la mer. L'air est vif et sec. On
reconnait son peu de densite a la nettete des objets qui frappent la vue,
a l'aspect des montagnes que l'on croirait voisines, bien que leur
eloignement soit considerable, a la fermete des contours qui se detachent
sur le ciel. Je m'en apercois encore au peu d'elevation de la temperature,
a l'ardeur de mon sang, au jeu facile de mes poumons. Ah! c'est un pays
favorable pour les personnes frappees d'etisie et de langueur. Si l'on
savait cela dans les contrees populeuses! L'air, degage de vapeurs, est
inonde par la lumiere pale de la lune. Mon oeil se repose sur des objets
curieux, sur des formes de vegetation particulieres au sol de cette
contree. Leur nouveaute m'interesse. A la blanche lueur, je vois les
feuilles lanceolees de l'uyucca, les grandes colonnes du pitahaya et le
feuillage dentele du cactus cochineal. Des sons flottent dans l'espace; ce
sont les bruits du camp, des hommes et des animaux; mais, Dieu merci! je
n'entends qu'un bourdonnement lointain. Une autre voix plus agreable
frappe mon oreille; c'est le chant de l'oiseau moqueur, le rossignol du
monde occidental. Il pousse ses notes imitatives du sommet d'un arbre
voisin, et remplit l'air d'une douce melodie. La lune plane par-dessus
tout; je la suis dans sa course elevee. Elle semble presider aux pensees
qui m'occupent, a mon amour! Que de fois les poetes ont
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