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decor de soir, habillee pour la sortie du matin: jupe droite en grosse cheviotte bleue, cerclee de velours, bolero pareil sur une chemisette de satin, et coiffee d'une toque d'astrakan bleu a voilette blanche.
Julien obeit a regret. Il ouvrit les deux fenetres, poussa les persiennes, tandis que Maud tournait la clef des lampes. Le jour entra, clair et bleu, chassant la vapeur de mystere, l'air d'apparition qui flottait autour des globes.
-- Bon, fit Maud. Maintenant asseyez-vous pres de moi. J'ai un tas de choses a vous raconter. D'abord Mathilde est morte.
-- Ah ! fit Suberceaux, c'est ennuyeux. Nous ne pourrons plus...
-- Elle est morte ce matin, vers sept heures; elle avait deja perdu connaissance quand on est venu chercher Etiennette. Nous sommes arrives vers huit heures, Paul Le Tessier et moi; le brave Paul etait aussi trouble que si la mort de Mathilde l'eut fait veuf.
Julien, hante par son unique souci, demanda:
-- Alors... nous nous verrons ici ? ou bien faut-il que je cherche un autre endroit ?
-- Quel enfant ! interrompit Maud en lui tendant a baiser son poignet nu. On ne peut pas vous parler serieusement. Vous ne m'ecoutez pas...
Et, apres un temps de silence ou elle ne regarda pas les yeux de son amant, elle ajouta, d'un ton lasse qui ne lui etait pas habituel:
-- Soyez bon pour moi ! Si vous saviez comme je suis nerveuse aujourd'hui !
Elle appuya sa tete sur la poitrine de Julien et, rendue plus femme, plus caressante par la pensee du chagrin qu'elle allait causer a cet ami irresolu, elle entr'ouvrit la soie de la chemise et posa ses levres sur la place du coeur. Ils s'alanguissaient tous les deux.
-- Viens ! implora-t-il.
-- Non. Ce matin, je suis ici pour parler de choses graves. Vous devinez ce que c'est ? J'ai autorise M. de Chantel a venir, cette apres-midi, demander ma main.
-- Ah ! fit Julien.
Il s'etonna de ne pas souffrir, et Maud aussi fut surprise de le voir si calme. Elle poursuivit:
-- Il nous semble, a lui et a moi, qu'il vaut mieux, la chose une fois decidee, la terminer le plus tot possible. Nous nous marierons certainement avant la fin d'avril.
Lentement, Julien sentait sourdre une angoisse: cela n'etait presque rien encore, mais cela grandissait, grandissait. Il ne repondit pas. Maud continua:
-- Jusque-la, vous comprenez, je dois me garder des curiosites, des malveillances d'amies: ce mariage enrage trop d'envieuses ! Maxime ne connait personne et ne se soucie de voir que
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