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mon chemin ?...
Suberceaux, sans rien dire, guettait l'irritation croissante de Maxime, guettait le mot, l'insulte a relever. Il guettait si evidemment que Maxime s'en apercut. Maxime fremit de l'envie brutale de lutter entre males, dans cette foret, la meme envie qui avait, l'heure d'avant, fait palpiter Suberceaux. "Une affaire entre nous, et Maud est deshonoree..." Cette pensee l'arreta. Il resolut qu'il ne se battrait pas avec Julien, et ce fut resolu formellement, definitivement, comme tout ce qu'il decidait.
-- Au fait, peu importe, fit-il. Je vous ai dit tout ce que j'avais a vous dire.
-- Mais pas du tout, monsieur, repliqua vivement Suberceaux. Ce n'est pas fini. Comment ! vous vous permettez de surveiller ma maison, vous faites subir a une femme un espionnage odieux...
-- Arretez, monsieur, interrompit simplement Maxime. Ne cherchez pas l'occasion d'une affaire. Je ne veux point me battre avec vous. Donc, pas d'injures ! Vous pensez de moi ce que je pense de vous la-dessus: ni l'un ni l'autre nous ne reculons devant un coup d'epee... Je ne me battrai pas avec vous avant d'etre le mari de Mlle de Rouvre; voila qui est clair, n'est-ce pas ? et vous comprenez mes raisons... Apres, quand Mlle de Rouvre sera ma femme, je serai tout dispose a vous rendre raison. Croyez-moi, laissez cela, laissez-moi.
Ce fut dit si net, si ferme, que Julien comprit qu'il n'y avait pas a s'obstiner; il fut oblige de se rendre cette terrible justice, chatiment des caracteres qui se sont compromis devant leur propre arbitre: "S'il refuse publiquement de se battre avec moi, ce n'est pas lui qui sera deshonore !"
Et le grand desespoir de la veille, dont l'avait momentanement delivre la resolution de se mettre en travers du chemin de Maxime, -- a present que le moyen si simple d'un duel lui echappait, de nouveau s'abattit sur lui.
Les deux hommes, sans plus rien dire, marcherent quelque temps le long de l'allee. Malgre tout, Maxime desirait que Suberceaux parlat encore, effare devant le reveil des affreuses hesitations assoupies. D'accord, tous deux s'arreterent et se considerent. Ils comprirent, apres ce coup d'oeil echange, qu'ils allaient enfin se dire tout, savoir le fond de l'ame l'un de l'autre, et que cette explication etait necessaire. Il y eut, a cette eloquente declaration que se firent leurs yeux, une promesse reciproque de treve. C'etait l'entente passagere de deux consciences d'hommes, adverses, hostiles, contre la torture infligee par une
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