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tre et je ne vous en ai meme parle... Hier... j'ai ete fou... je...
-- Vous m'avez fait suivre ?
-- Non. J'ai ete rue de la Baume. Un peu avant six heures, un fiacre s'est arrete devant la porte et il en est descendu une femme de votre taille... du moins il m'a semble... Je me suis elance... mais la petite porte etait deja refermee... Ah ! Maud, si j'ai peche contre vous... l'heure -- plus d'une heure -- que j'ai passee sur ce trottoir, le long de ce mur qui borde un grand jardin, m'a bien fait expier...
Maud ecoutait, rassuree maintenant, mais surprise et mordue par une jalousie secrete... "Ah ! Julien se console; il recoit des femmes, a present..."
-- Continuez, dit-elle. A quelle heure _suis-je sortie ?_
-- Passe sept heures... Quand j'ai vu la porte de fer se rouvrir, j'ai perdu la tete, j'ai bondi au-devant de cette femme... je l'ai arretee par le bras, je l'ai forcee a montrer son visage sous la lanterne de la voiture.
-- Et c'etait ? demanda Maud, dont la voix alteree eut donne l'eveil a un observateur plus avise.
Maxime hesita:
-- Je n'ai pas le droit de la nommer.
-- Je vous l'ordonne. J'ai le droit, moi, de demasquer les miserables qui me calomnient.
-- C'est une pretendue jeune fille que j'ai vue a votre bal... qui se faisait remarquer en courtisant ouvertement Julien de Suberceaux.
-- Juliette Avrezac ? dit Maud.
-- Oui.
Elle ne parla plus. Maxime, qui la regardait anxieusement, prit pour lui la colere de son front, de ses yeux, de sa bouche crispee.
-- Oh ! pardonnez-moi... fit-il a genoux, le front dans sa jupe.
Elle revint a elle:
-- Levez-vous, fit-elle presque durement. Je n'aime pas qu'un homme s'agenouille. Soit. J'oublie. Si _cela_ a pu vous guerir, tant mieux... Car l'avenir m'inquiete, avec un coeur tel que le votre.
Il sollicita son front, ce coin de chair embaume par les cheveux, le seul qu'elle lui eut jamais donne le droit d'effleurer depuis leurs fiancailles. Elle lui tendit son cou, qu'elle laissa un instant sous des levres qui la brulaient, avec un obscur desir de vengeance, l'envie de trahir, a son tour. Jamais Maxime n'avait tant recu d'elle; jamais baiser de Maxime ne lui crispa les nerfs si douloureusement.
II
Depuis que la mort de Mathilde Duroy et le depart de Maud pour Chamblais avaient mis fin a leurs entrevues, Julien de Suberceaux ne quittait guere le club, refusant les invitations mondaines, evitant le theatre et tous les endroits ou des gens de connaissa
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