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moi: aucun peril a ce qu'il demeure a Paris. Mais moi, avec maman et Jacqueline, j'irai passer ce mois a Chamblais... Oh ! je viendrai presque tous les jours, tu comprends, poursuivit-elle en prenant les mains de Julien... le trousseau... les toilettes... l'installation. Seulement, j'habiterai officiellement Chamblais, ou Etiennette restera avec nous pendant les premieres semaines de son deuil. Nous y serons chez nous, les Le Tessier n'y viendront qu'en visiteurs. Je trouve cette combinaison excellente... Mais qu'est-ce que tu as ?
Julien s'etait leve aux derniers mots, et, toujours silencieux, se promenait maintenant a pas irreguliers dans la piece. L'angoisse montait a sa gorge, lui obstruait la respiration a l'etouffer. Il revint s'arreter devant Maud.
-- Alors... c'est fait ?
-- Oui, en principe, c'est fait. Je ne pense pas que cela te surprenne ?
Elle lui dit cela hardiment, les yeux dans les yeux, en cette attitude redressee qu'elle prenait contre toute entrave a ses decisions.
Mais lui ne resistait pas. Il s'etait assis sur le coin de la table, morne, accable. Elle le guetta quelque temps, paree a la defense. Puis, comme il ne disait rien, ne bougeait pas, elle voulut, comme tant de fois, ressusciter son courage. S'approchant de lui, elle lui dit a voix basse:
-- Sois fort. Je n'aime que toi.
Il ne l'entendit pas, sans doute, abime dans ses pensees. Il balbutia:
-- Ce n'est pas possible !...
L'horrible angoisse lui avait poignarde le coeur: et, pour la premiere fois, le mariage de cette femme, chair de sa chair, avec un autre homme, et consenti par lui, lui apparut chose hors nature, monstrueuse, pas vraie.
-- Qu'est-ce que tu veux dire ? demanda Maud.
Il repeta:
-- Ce n'est pas possible... Nous ne ferons pas cela !
Il passa sa main sur son front, ecartant ce voile de cauchemar.
-- Ce n'est pas possible, repeta-t-il une troisieme fois d'une voix sans accent qui ne signifiait ni l'ordre ni la priere: l'expression d'une evidence seulement. Voyons, Maud, je t'aime... Je n'ai que toi au monde... et tu m'aimes... Je suis sur que tu m'aimes... Et moi, je suis ta chose, je suis tout a toi... je ne suis qu'a toi... je ne peux vivre hors de toi... Nous sommes des fous... nous nous trompons.
Maud, presque durement, lui repondit:
-- Je ne suis pas folle, moi. C'est toi qui divagues.
-- Mais comprends donc, reprit Julien, que ce que tu vas donner a un autre, c'est tout de meme ce qu'il y a de plus precieux... T
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