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a Paul que j'ai recu des nouvelles ?
-- Moi, je ne le dirais pas. Cela lui sera desagreable. Si Suzon revient, il l'apprendra toujours assez tot. Et puis, qui sait ? reviendra-t-elle ?
Etiennette embrassa son amie.
-- C'est vrai, tu as raison. Comme tu vois juste toujours !... Mais je t'ennuie avec mes affaires. As-tu des nouvelles, toi ?
-- Rien, repliqua Maud, vannant du bout des doigts les lettres, les enveloppes ouvertes, nichees dans le creux du lit, entre ses genoux... Des fournisseurs, l'inevitable Aaron qui nous invite a dejeuner pour le jour du vernissage, John Arthur qui offre un hotel a louer, rue Lincoln... C'est tout... plus Maxime, naturellement.
-- Et... ?
-- Non, pas un mot.
-- Quel jour lui as-tu ecrit, toi ?
-- Mercredi.
-- Pres d'une semaine. Ce n'est pas naturel. Il boude.
Maud se renversa en arriere, sur les oreillers, les mains a plat, l'air las:
-- Que veux-tu ? ma chere, il boudera. Je ne peux pourtant pas, moins de quinze jours avant de me marier, passer mes apres-midi dans un entresol de la rue de la Baume. Je ne veux pas de tyrannie. Le delai que je lui impose n'est pas tellement long: il peut vraiment patienter. D'ailleurs, qu'il le veuille ou non, je m'en tiendrai a ce que je lui ai ecrit: je ne sortirai plus seule a Paris. Est-ce que le conseil que je lui donnais n'est pas le plus sage, voyons ? Qu'il parte, qu'il aille faire un tour a l'etranger... un tour d'un mois ou deux... il est en fonds, justement: il gagne tout ce qu'il veut au cercle, en ce moment-ci. Quand il reviendra, tout sera case et tasse; je serai vicomtesse de Chantel... et je me charge de l'avenir de Julien.
Elle attendit quelque temps l'approbation d'Etiennette; puis, comme celle-ci ne parlait pas, regardant distraitement la lettre de Le Tessier qu'elle venait de parcourir, elle se redressa, s'appuya du coude au traversin:
-- Tu ne m'ecoutes pas ?
-- Si, fit la jeune fille. Mais, tu sais, moi, je suis un peu bete pour tout cela. Tu m'etonnes toujours. Je ne te comprendrai jamais bien.
-- C'est pourtant assez clair !
-- Oh ! pardonne-moi ! reprit Etiennette en glissant calinement son bras a cote du bras plie de Maud. D'avance, je te dis: C'est toi qui as raison, c'est moi qui suis une petite niaise... Moi, tout ce que je desire au monde, c'est d'etre aupres de quelqu'un qui m'aime bien, que j'aime bien... Le reste m'est si egal ! Tu ne peux pas te le figurer ! Je suis une bourgeoise: je vivrais avec trois mille
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