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-- Allons, dit-elle, je vais me faire belle pour recevoir mon amoureux.
-- Il n'est pas a plaindre, ton amoureux. Seulement, veux-tu un conseil ? Ne laisse pas trainer le flirt trop longtemps.
Le jeune fille , de la porte, envoya un signe d'assentiment.
-- Et crois-moi, conclut Maud, pas un mot de Suzon.
Elle sonna Betty. Des que l'Anglaise fut la, lui presentant les mules, Maud sauta en bas du lit, laissant aussitot glisser de ses epaules sur le tapis, ou vite l'Anglaise le ramassa, le souple tissu de linon. Tandis qu'on preparait le tub dans le cabinet de toilette, la jeune fille erra, tranquillement nue, de la commode ou elle choisit elle-meme les bas, la chemise, le pantalon qu'elle allait mettre, a la glace de la cheminee devant laquelle elle s'amusa a faire jouer dans ses boucles les reflets roussis du jour. Et cette blanche forme, de la nuque brune aux seins menus, aux hanches larges et pourtant tombantes, aux genoux etroits, aux pieds delicats, soignes comme des mains, toute cette blanche forme de Diane etait si parfaite qu'elle restait chaste, de l'impudeur sacree des marbres de deesse.
Ensuite, allongee sur le canape du cabinet de toilette, Betty agenouillee la tamponna legerement avec des serviettes floconneuses, lima minutieusement les ongles des orteils, massa les jointures polies. Maud s'attardait agreablement a ces frolements agiles, discrets, de doigts feminins: "Encore, Betty... un peu plus fort..." Durant cette demi-heure de massage, elle revait a l'aise, elle preparait sa journee dans le silence... "Maxime... Julien... les deux poles de ma vie, a present." Jusqu'a ce jour, elle avait tenu Julien par le servage des sens alteres, puis rassasies, ne lui laissant jamais entre deux rendez-vous le temps de la reflexion ou de la revolte. Il fallait aujourd'hui changer de tactique. Quand elle se rendait chez Suberceaux, elle avait le pressentiment d'etre guettee par des yeux hostiles... "C'est fou vraiment d'y etre retournee, meme une seule fois, depuis que Maxime est a Paris... Si quelqu'un lui disait !..." Elle le trouvait embruni parfois, inegal, distrait, chavire dans des silences brusques, a certains mots qui, sans doute, evoquaient le souvenir de paroles prononcees ailleurs. "Il a du recevoir des lettres anonymes... J'ai tant d'ennemies ! Je n'ai que des ennemies... Cette abominable Ucelli, Aaron enrage contre mon mariage, qui lui ote ses dernieres chances, me poursuivent d'espionnages. Ils sont capables d'acheter mes d
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