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oulez-vous m'attendre ?
Tout en ecrivant son telegramme, il continuait la conversation, coupee de silences:
-- Que faites-vous dans ce desert, a cette heure, vous, l'homme des fetes ?
-- J'attends la partie.
-- Vous feriez mieux d'aller au Bois. L'air est delicieux.
-- Le Bois m'ennuie.
--Allez entendre Yvette.
-- Yvette m'ennuie.
Hector, mouillant et fermant le telegramme, se retourna a demi:
-- Eh bien ! mais... les femmes ? fit-il en souriant.
-- Oh ! par exemple, celles-la, je les ai en horreur ! Si j'etais sur de ne pas en rencontrer, peut-etre je sortirais.
-- Bah ! s'ecria Hector, quel pessimisme !
Il alla jeter son telegramme dans la boite du cercle, revint s'asseoir a califourchon sur une fumeuse et, allumant une cigarette:
-- Vaille que vaille, reprit-il, les femmes me paraissent un des divertissements les plus indiscutables a travers cette vallee de larmes.
-- Moi, replique Julien sourdement, les mains appuyees a plat sur la molesquine du canape, la tete penchee d'un air d'accablement, moi, elles me degoutent a vomir...
Son visage se contracta d'une vraie nausee. Sous ce vaste silence des pieces vides, aux hautes baies entr'ouvertes, silence elargi encore par l'apaisement des bruits de Paris, par l'accalmie de l'apres-dinee, il continua, pensant tout haut, mais content d'avoir une oreille pres de lui pour ecouter sa rancune:
-- Oui... elles me degoutent ! Toutes les paroles des livres de theologie sur elles, sur leur basse animalite, sont encore trop adoucies pour exprimer ce que j'en pense. Je voudrais supprimer du passe le temps que je leur ai donne. Il me semble qu'elles ont tout corrompu en moi: l'envie du travail, l'ambition, jusqu'au gout de la vie et au desir de l'avenir.
Hector se gardait bien d'interrompre. Julien poursuivit apres une pause:
-- Dire qu'on reve d'elles, de les posseder, d'etre desire par elles, depuis la fin de son enfance, des qu'on a appris a les voir, des qu'on devine l'amour ! Au college, je ne pensais pas a autre chose. Comme j'etais chez des pretres et que j'etais encore tres religieux, savez-vous ce qui me navrait d'avance ? C'est qu'il ne me serait jamais permis de posseder toutes les femmes... Toutes ! Il me les fallait toutes pour que la vie me parut desirable ! Et j'etais chaste, avec cela.
-- C'est curieux, murmura Hector, ces enfances d'amant... Vous etiez un predestine, un amant-ne. Moi, au college, j'avais deja une maitresse, les jeudis soirs, une bo
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