|
ir l'homme qu'elle accusait de sa decheance triompha de l'horreur inspiree par l'odieux amant qu'elle acceptait.
Desormais, elle fut resolue. D'abord il fallait partir, rentrer a Paris pour quelques jours, presser le mariage de Jacqueline avec Lestrange, puis quitter la France, aller passer un mois ou deux a l'etranger avec Mme de Rouvre. On ne se fixerait de nouveau a Paris que sure de l'avenir, la vie restauree, rebatie a neuf.
"Il y aura quelques mauvaises annees... mais je saurai bien le tenir en bride, le juif !... Il est marie, mais on divorce. Et un jour, qui sait ? -- On ne chicane pas sur le passe d'une femme de banquier, quand elle a huit cent mille francs de rente."
Elle sonna Betty:
-- Faites les malles, Betty. Ce soir, nous couchons a Paris.
Et comme, l'instant d'apres, Mme de Rouvre affolee, ne comprenant rien a cette revolution imprevue, tombait dans la chambre, pleine d'emoi et de questions, Maud repliqua brievement:
-- Nous partons parce qu'il faut partir; entends-tu ? il le faut. Je t'expliquerai cela a Paris. Pour le moment, je n'en ai pas envie. Crois-moi sur parole. _Il le faut !_ Depeche-toi.
-- Mais nos amis Le Tessier qui viennent diner ?...
-- Ils verront bien que nous ne sommes pas la. D'ailleurs, je vais leur telegraphier.
-- Mais Mme de Chantel et Jeanne ?
-- Mme de Chantel et Jeanne ne viendront pas.
Cela l'exasperait, cette serie d'interrogations et d'effarements, a mesure que la nouvelle du depart passait, dans la maison, d'une personne a une autre. Etiennette s'en apercut, ne questionna pas. Jacqueline dit seulement:
-- Oh ! moi, ca ne m'etonne pas, j'attendais le coup. Ma malle est faite. Je campais !... Qu'est-ce que tu comptes faire a Paris ? demanda-t-elle a Maud, non sans ironie.
-- Je ferai ce qui me conviendra, repliqua Maud.
-- Naturellement. Je te prie seulement d'attendre que je sois la legitime epouse de Luc... Apres, c'est ton affaire.
V
"Elevee par une mere qui n'a cesse de vous donner l'exemple de la piete la plus sincere, ayant eu le bonheur de grandir pres du foyer, sans vous en eloigner jamais, sans autre compagne que votre soeur ainee, vous allez, ma fille, quitter ce foyer pour la premiere fois au bras de votre epoux; et certes, jamais le blanc vetement, le voile pudique, l'odorante couronne de l'epousee ne furent des symboles plus fideles de ce coeur d'enfant pure que vous apportez a votre epoux. Oh ! s'il est doux a l'ami de vous consacrer epouse, a c
|