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aud imploree par lui l'avait averti qu'elle ne venait pas, il avait telegraphie a Juliette Avrezac, ou plutot a Mme Duclerc leur intermediaire complaisante, et la jeune fille etait venue, docilement, trop heureuse de ce rendez-vous inattendu dans le delaissement ou, depuis longtemps, l'abandonnait Julien.
Maxime regagna l'hotel des Missionnaires, ce soir-la, ivre de cette excessive joie dont la fievre intense emprunte l'aspect de la folie. Sa mere et sa soeur l'attendaient, pou le diner qu'ils prenaient a une petite table, dans la salle commune du rez-de-chaussee, parmi les vieilles dames a coques blanches, les bonnes soeurs, les grands ensoutanes barbus, convives habituels de la maison.
Maxime embrassa les deux femmes avec un elan d'allegresse qu'elles ne lui connaissaient plus, qui les rasserena, les remplit d'une joie fievreuse, presque egale a la sienne: c'etait le fils, le frere perdu qu'enfin elles retrouvaient. Les vieilles dames a cheveux blancs, les prieures en cornette, les grands gaillards a barbe et a soutane se scandaliserent quelque peu, sans doute, de la gaiete qui regnait a cette table de trois convives, si morne d'habitude, et ou l'on osa, ce soir la, -- un samedi, jour de demi-penitence ! -- deboucher une bouteille capsulee d'etain, d'ou s'emulsionnait un liquide sucre, et qui portait sur le cartouche de sa panse une image pieuse avec ce titre surprenant: _Veritable Champagne Saint-Joseph_.
Par une misericorde de la destinee, cette griserie joyeuse de Maxime ne se dissipa point aussitot. Elle fut durable. Le doute etait mort. Son coeur contenait a la place un immense besoin de s'humilier aux pieds de Maud, de lui confesser son peche contre elle: a nul prix il n'eut consenti a garder sur sa conscience cette faute et ce secret. Quand, le lendemain, il eut avoue, et que le premier baiser un peu consenti de Maud eut scelle la remission, sa fievre s'apaisa. La journee s'acheva dans cette parfaite accalmie; tout conspirait pour l'embellir: le sourire du ciel, la serenite des visages, l'espoir d'un bonheur proche ou chacun prendrait sa part. Rentre dans sa chambre de seminariste, vers onze heures du soir, Maxime ne chercha pas a s'endormir. Il voulait prolonger dans le silence de cette nuit traverse par des vols de carillons, par les sonneries d'heures aux campaniles des chapelles voisines, la beatitude de son coeur enfin comble. Le crepuscule du matin bleuissait les fenetres quand il s'endormit.
A la meme heure, Suberceaux, rentre
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