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s deux hommes. Et, masquee d'impenetrable indifference, elle attendit leur lutte, devant elle, pour elle. Le plus trouble, certes, fut Suberceaux qui subitement entrevit l'abime ou ses espoirs allaient crouler: "Jamais Maud ne pardonnera !..."
Maxime, lui, s'etait ressaisi.
-- Maud, dit-il, la voix tout de meme entrecoupee, j'ai trouve, en venant ici, M. de Suberceaux sur mon chemin...
Suberceaux, bleme d'emotion, essaya de parler, si trouble que sa bouche se tordit sans proferer une parole. Maud le regarda, et ce regard le fit reculer.
-- Qu'est-ce qu'_il_ vous a dit ? demanda la jeune fille en ramenant sur Maxime ses yeux ou elle mit de la douceur.
-- Il m'a dit... il allait me dire, du moins, car je ne lui ai pas permis d'achever, que vous aviez ete sa ... (le mot se brisa dans un sanglot sec) sa... maitresse.
Elle marcha a Suberceaux et demanda:
-- Tu as dit cela ?
Il ne nia pas. Il balbutia seulement son nom:
-- Maud...
Sans proferer un mot de reproche, elle le regarda encore, un long moment, avec des yeux qui changeaient, se chargeaient d'hostilite et de mepris. Puis, d'un seul geste en coup de fouet, elle lui sabra le visage de son ombrelle, qui se brisa en deux, lacerant la peau qui saigna.
-- Va-t'en ! dit-elle, jetant les morceaux a terre.
Il tremblait comme un enfant qu'on vient de chatier. La breve douleur de ce cravachement, pourtant, lui fut chere, il chercha la caresse dans cette brutalite. Mais le regard de Maud, arrete sur lui, lui otait toute force... Il ramassa son chapeau d'un geste machinal.
-- Va-t'en ! repeta Maud.
Lentement, il remit son chapeau bossue, sali de terre. C'etait douloureux, affreux, cet ecroulement brusque de la dignite d'un homme sous l'imperieuse violence d'une femme, et le coeur de Maxime, a ce spectacle, se leva d'indignation. Lui, Suberceaux, ne voyait plus Maxime, ni l'endroit ou il etait; il ne voyait que Maud, et peu lui importait d'etre humilie. Il ne pensait que ceci: "Maud irritee... et la seule chance d'etre pardonne, obeir, obeir vite."
-- Va-t'en !
Il ne demanda plus rien; humblement, comme une bete battue, il partit, sans hate... Maud et Maxime le virent s'eloigner a pas lents; il ne se retourna pas, il ne regarda pas en arriere... Oui, c'etait navrant et horrible; Maxime en souffrit dans sa dignite d'homme pour l'homme qui partait ainsi fletri et battu par une femme, dans l'effroyable decheance ou s'effondrent tot ou tard ceux dont l'amour-debauche a lente
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