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t jadis imagine son avenir conjugal: l'union d'une volonte et d'une intelligence dominatrice, avec une sensibilite douce et resignee, comme sa soeur Jeanne, faconnee par lui ! Et voila qu'il se fiancait, d'avance vaincu, sentant bien que l'aimee etait de race plus fine, plus dominatrice, un peu dans l'etat de coeur ou durent etre les chefs barbares, maitres de Rome, que des Romaines daignerent aimer: esclaves ombrageux, meprisant et adorant leur servitude. Maxime, irrite de la protestation secrete de sa dignite, lui avait resolument impose silence. "Je veux etre ainsi... Je veux obeir..." Comme ces catholiques qui jouissent a immoler leurs gouts, a mortifier leur esprit, il offrait ce renoncement a la pensee consumatrice de celle qu'il cherissait.
Mais ce qu'il ne pouvait faire taire, ni cesser d'entendre, c'etait la voix sagace qui avait parle, le jour ou il s'etait enfui de Saint-Amand; la voix qui lui avait parle de nouveau, le soir ou il entrait a l'Opera avec Hector Le Tessier, le soir encore du diner de Chamblais, et qui depuis, sans cesse, lui repetait: "Cette femme n'est point celle qu'il te faut. C'est folie a toi de chercher ta compagne dans le monde factice dont tu n'es point... Le jour ou tu l'as aimee, tu as cheri l'erreur, invoque la catastrophe..." Cette voix obstinee troublait les meilleures minutes de contentement, timbrait d'une felure les sonores carillons de joie qui retentissaient en son coeur, a certains retours de Chamblais, apres l'ensorcellement d'une apres-midi entiere passee aux cotes de Maud... Et meme pres d'elle, il en etait harcele, quand parfois, inquiete de son air, elle lui demandait: "A quoi pensez-vous ?" N'importe ! Il acceptait cette destinee hors de ses gouts, hors de ses projets. Il se laissait trainer chez les couturieres, chez les modistes, chez les tapissiers de Paris, l'ame engourdie d'une tristesse lourde, infinie, comme un soldat brave a qui l'on ferait casser des pierres sur une route, un jour de bataille, mais pare a tout, acceptant tout pour demeurer plus longtemps dans le parfum de Maud, la regarder et lui parler. Meme apres les mauvaises journees, ou l'anxiete l'avait rendu le plus taciturne, quand il la quittait, quand il pensait: "Jusqu'a demain je ne la verrai plus !" il se sentait si effroyablement delaisse, si degoute des minutes de sa vie ou elle ne participait pas, qu'il faisait amende honorable, qu'il se frappait le coeur comme un penitent, s'accusait de mal aimer, adorant les caprices de l'ami
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