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nce pouvaient lui parler de Maud ou de Maxime. Il jouait beaucoup. La partie etait forte en ce moment, grace a deux riches etrangers, deux freres qui, chaque nuit, risquaient un village de Pologne. Commencee a cinq heures, elle ne s'interrompait qu'au "ces messieurs sont servis" du maitre d'hotel et reprenait avant minuit. Suberceaux arrivait le premier et partait le dernier: il jouait sans s'arreter, avec une effroyable chance, une de ces chances de condamnes qui font peur au joueur heureux lui-meme, lorsqu'il rentre le soir, bourre de billets de banque, stupide et perclus. En six jours, il avait gagne pres de trois cent mille francs. Cette fievre unique que donne aux plus solides le mystere sans cesse renaissant des cartes fatidiquement rassemblees pour la ruine ou pour la fortune, seule parvenait a le distraire du desespoir inerte ou il sombrait, depuis que Maud, en ces termes impersonnels, inintelligibles a tout autre qu'a lui, dont elle deguisait, comme d'un chiffre, sa correspondance secrete, lui avait signifie la necessite d'interrompre leurs rendez-vous jusqu'apres le mariage. Ainsi, la nuit passait, et le peu de la journee qui suivait le sommeil noir ou il tombait au retour, vers six heures du matin. Mais l'heure mauvaise etait neuf heures, quand, le diner fini, le cigare fume, les camarades s'en allaient au spectacle, au foyer de l'Opera, ou simplement -- car ces soirs etaient d'une tiedeur estivale -- se faisaient voiturer jusqu'au Bois dans une victoria du cercle. Lui ne voulait pas de spectacle, pas de cafe-concert, pas de Bois, rien qui lui rappelat une vie mondaine, aucun endroit ou l'on rencontrat des gens qui pourraient lui parler de Maud et de Chantel. Et les lentes minutes coulaient une a une, dans le silence etouffe du club vide ou trainait l'odeur du tabac refroidi. Il songeait: "Que fait-elle maintenant ? Est-il aupres d'elle ? Que font-ils ?..." Et sa solitude lui pesait cruellement. En apercevant, un de ces soirs, Hector Le Tessier qui, vers neuf heures et demie, traversait les salons deserts pour gagner le cabinet de correspondance, il ne put se tenir d'aller a sa rencontre. Hector lui serra la main avec plaisir: une secrete sympathie l'attirait vers le superbe animal humain que Julien representait a son dilettantisme, et il concedait volontiers a un tel etre, comme a Maud, toute licence sur le vil troupeau des contemporains. -- Vous allez ecrire ? demanda Julien. -- Oui... un bleu. Cinq minutes et je vous appartiens. V
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