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astiques: rue Saint-Placide, rue Princesse, rue Cassette, rue du Vieux-Colombier. C'est aussi le quartier d'hotels speciaux, frequentes par des pretres en voyage, par des religieuses en obedience, par quelques pieuses familles de province aussi, lesquelles y sont adressees par l'eveque de leur endroit. Dans ces hotels, les chambres ont un air d'infirmerie, avec les plafonds a solives echampis de blanc, les lits a fleche d'ou tombent les rideaux de calicot, les sujets de piete ornant la cheminee et les murailles. La proprete y est etriquee et meticuleuse: on est tout surpris que la femme de chambre ne porte pas la cornette, la guimpe et le crucifix battant les genoux au bout d'un long chapelet. Pour salle a manger, un vrai refectoire, avec la vaisselle lourde, les grosses carafes, le linge parfaitement net, etoile de reprises savantes. Les jours de maigre, on doit prevenir le matin pour avoir un bifteck a son dejeuner, et le domestique, en le servant, vous jette un regard de mefiance. Le bureau de l'hotel est meuble en acajou, decore de vases remplis de ces brindilles panachees que l'on appelle des "balais" dans le Midi. Sur la table, on trouve _la Croix_, avec son Christ saignant parmi des rayons, _l'Univers_, la _Revue du Monde catholique_... Et ces hotels, outre le charme singulier de leur decor use, ancien, sacerdotal, avec leur coucher et leur cuisine honnetes, seraient assurement des meilleurs de Paris, s'il n'y regnait cette atmosphere de tristesse et d'acrimonie degagee par les gens qui touchent au clerge et ne sont pas des pretres.
Tel cet hotel des Missionnaires ou demeurent, a Paris, Mme de Chantel, sa fille et son fils. Ils occupaient, au second, un appartement partie en facade sur la rue Notre-Dame des Champs, partie sur des jardins de couvent decoupes en bosquets, en massifs, en piecettes d'eau, avec des statues pieuses semees ca et la, dans la verdure. Mme de Chantel et Jeanne avaient les deux plus jolies chambres, qui communiquaient. Celle de Maxime, plus petite, regardait les jardins de couvent et le decor, en arriere-plan, du grand seminaire. Vraie chambre d'un Tiberge arrivant a Paris et attendant la rentree au seminaire. Sous l'angle des rideaux blancs, le lit etroit ne devait abriter que des sommeils paisibles, des sommeils de science et de piete, purs de toute mauvaise image. Le mobilier, en noyer verni, c'etait ce lit, la petite table de nuit posee aupres, une commode dont le marbre se parait de carreaux tricotes, quelques chaises
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