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aresses matinales echangees a profusion, leur bavardage quotidien s'amorca en compliments sur leur visage, en discussions de chiffons ou de toilettes.
-- Tu devrais toujours t'habiller de crepon noir, comme a present, disait Maud. Rien ne sied mieux a ton teint et a tes cheveux. Oh ! les amours de cheveux ! C'est de l'or neuf, ces nattes-la...
Elle en prenait une, la posait sur l'oreiller, au milieu de la soie plus obscure de ses propres cheveux defaits.
-- Tiens ! regarde... les miens paraissent presque bruns... Jamais je ne devrais me montrer aupres de toi. Tu m'eteins completement.
-- Veux-tu bien te taire ! repliquait Etiennette. Est-ce qu'on lutte contre ca, tiens ! et contre ca, contre ca ?...
Elles passa ses doigts dans la souple et douce coulee des boucles brunes qui s'allumerent aussitot de reflets roux, elle entr'ouvrit le col a volant, formant echarpe, de la chemise de linon, elle decouvrit la naissance de la gorge et y posa ses levres.
-- C'est toi, cherie, qui es trop jolie... trop reine. Pres de toi, j'ai l'air de ta petite femme de chambre. Mais ca m'est egal, je t'aime.
Elles s'embrasserent encore.
-- A propos, dit Maud, je me suis decidee pour le grand peplum tombant droit sur la robe a taille...
-- Celle de chez Laferriere ?
-- Oui. Seulement je la modifie un peu, en retrecissant l'empiecement du corsage. Tu vas comprendre.
Elle s'expliqua, interrompue par Etiennette qui, elle aussi, avait eu son inspiration pendant la nuit, pour modifier le modele de Laferriere. Et c'etait vraiment un tableau a tenter un pinceau de l'ecole de Valenciennes, ces deux jolie filles mi-serieuses, mi-rieuses, discutant, prenant des poses, dans la vaste chambre du chateau d'Armide, boisee de riches coquilles, de courbes gracieuses, meublee de vraies pieces de musee.
Elles n'etaient pas tombees d'accord quand la porte de la chambre s'ouvrit. Betty apportait le courrier du matin.
-- Vous avez _ma lettre_ aussi, Betty ? demanda Etiennette.
-- Oui, mademoiselle. J'ai vu que Mademoiselle n'etait pas dans sa chambre... Alors, j'ai tout porte ici. Il y a deux lettres pour mademoiselle Etiennette.
-- Tiens ! fit la jeune fille etonnee... Qui est-ce qui peut ?...
Elle n'attendait une lettre que de Paul Le Tessier. Il lui ecrivait chaque jour, meme lorsqu'il venait dejeuner ou diner a Chamblais. Chaque jour aussi, elle lui repondait, heureuse de se prouver ainsi quotidiennement qu'elle n'etait pas tout a fait seule au monde
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