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s; l'appareil complique d'hydrotherapie elegante, dont les nickels et les cuivres etincelaient sous le feu nu du gaz, la finesse brodee du linge multicolore, depuis le peignoir jusqu'aux serviettes a ongles; l'innombrable quantite de flacons de cristal taille, capsules de vieil argent, tout cet arsenal dont l'objet etait le soin d'un corps masculin, eut donne matiere a bien des quolibets, et fait dire a bien des hommes: "Quelle femmelette !" Au vrai, nul n'etait plus exerce a tous les sports que cette femmelette, nul n'etait plus brave devant un pistolet ou une epee. Arrogant et provocant avec les hommes, c'etait justement les femmes qui le maitrisaient et le menaient a leur gre.
En chemise de soie sous le complet de laine des Pyrenees, il traversait la chambre a coucher, regagnant le salon; il se baissa pour saisir une des halteres disposees au pied du lit, les manoeuvra avec une regularite de professionnel et, satisfai du jeu souple des muscles, rentra dans le salon. Les lampes allumees y eclairaient l'amoncellement des bibelots, des sieges, des tentures. Julien regarda sa montre: huit heures cinq. Il sonna Constant.
-- Monsieur ?
-- Constant, _madame_ va venir tout a l'heure. Vous preparerez le samovar et des gateaux dans la salle a manger. Puis vous remonterez dans votre chambre, vous y resterez jusqu'a ce que je sonne.
Constant salua et sortit. Reste seul, Julien disposa des coussins en oreillers a la tete du canape, s'allongea et reva...
"Elle va venir..." Il essayait de se la representer, tout a l'heure, soulevant la grande verdure qui drapait la porte... Mais non, ce n'etait plus ainsi qu'il la voyait... Trois etages d'une maison douteuse, rue de Berne, l'antichambre de la salle a manger de l'appartement d'Etiennette, puis leur nid, l'ancienne chambre de Suzon si personnellement arrangee par Maud. Entre le depart et le retour de Chantel, il l'avait vue la presque regulierement un jour sur deux, parfois deux jours de suite, Maud ayant compris qu'elle le tenait ainsi dans le plus etroit esclavage, prise elle-meme, du reste, insensiblement au besoin des caresses. Sa maitresse ? Non pas. Une sorte de fetichisme de loyaute, comme en nourrissent toutes les ames un peu hautes en lutte theorique avec l'ordre social, lui faisait reserver jalousement le supreme baiser pour l'homme qui allait lui donner son nom et sa fortune. Dans l'orgueil de sa superiorite, elle pensait: "Il restera encore mon debiteur apres !..." Leurs caresses singulieres,
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