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poursuivis et observes avec un grand soin, ils n'avaient plus trouve
d'autre ressource que de conspirer tres-secretement, et de maniere a ce
que les chefs de la conspiration restassent tout a fait inconnus. Ils
s'etaient choisis quatre pour former un directoire secret de salut
public; Baboeuf et Drouet etaient du nombre. Le directoire secret devait
communiquer avec douze agens principaux qui ne se connaissaient pas les
uns les autres, et charges d'organiser des societes de patriotes dans
tous les quartiers de Paris. Ces douze agens, agissant ainsi chacun de
leur cote, avaient defense de nommer les quatre membres du directoire
secret; ils devaient parler et se faire obeir au nom d'une autorite
mysterieuse et supreme, qui etait instituee pour diriger les efforts
des patriotes vers ce qu'ils appelaient le _bonheur commun_. De cette
maniere les fils de la conspiration etaient presque insaisissables; car,
en supposant qu'on en saisit un, les autres restaient toujours inconnus.
Cette organisation s'etablit, en effet, comme l'avait projete Baboeuf;
des societes de patriotes existaient dans tout Paris, et, par
l'intermediaire des douze agens principaux, recevaient l'impulsion d'une
autorite inconnue.
Baboeuf et ses collegues cherchaient quel serait le mode employe pour
operer ce qu'ils appelaient _la delivrance_, et a qui on remettrait
l'autorite, quand on aurait egorge le directoire, disperse les conseils,
et mis le peuple en possession de sa souverainete. Ils se defiaient deja
beaucoup trop des provinces et de l'opinion pour courir la chance
d'une election, et appeler une assemblee nouvelle. Ils voulaient tout
simplement en nommer une composee de jacobins d'elite, pris dans chaque
departement. Ils devaient faire ce choix eux-memes, et completer cette
assemblee en y ajoutant tous les montagnards de l'ancienne convention
qui n'avaient pas ete reelus. Encore ces montagnards ne leur semblaient
pas donner de suffisantes garanties, car beaucoup avaient adhere, dans
les derniers temps de la convention, a ce qu'ils appelaient les mesures
liberticides, et avaient meme accepte des fonctions du directoire.
Cependant ils avaient fini par tomber d'accord sur l'admission dans la
nouvelle assemblee de soixante-huit d'entre eux, qui passaient pour
les plus purs. Cette assemblee devait s'emparer de tous les pouvoirs,
jusqu'a ce que le _bonheur commun_ fut assure.
Il fallait s'entendre avec les conventionnels non reelus, dont la
plupart
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