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qui en presageait d'autres. La rapidite
des succes, le nombre des prisonniers, depassaient tout ce qu'on avait
encore vu. Le langage de ces proclamations rappelait l'antiquite, et
etonnait les esprits. On se demandait de toutes parts quel etait ce
jeune general dont le nom, connu de quelques appreciateurs, et inconnu
de la France, eclatait pour la premiere fois. On ne le prononcait pas
bien encore, et on se disait avec joie que la republique voyait s'elever
tous les jours de nouveaux talens pour l'illustrer et la defendre. Les
conseils deciderent par trois fois que l'armee d'Italie avait bien
merite de la patrie, et decreterent une fete a la Victoire pour celebrer
l'heureux debut de la campagne. L'aide-de-camp envoye par Bonaparte
presenta les drapeaux au directoire. La ceremonie fut imposante. On
recut ce jour-la plusieurs ambassadeurs etrangers, et le gouvernement
parut entoure d'une consideration toute nouvelle.
Le Piemont soumis, le general Bonaparte n'avait plus qu'a marcher a la
poursuite des Autrichiens et a courir a la conquete de l'Italie. La
nouvelle des victoires des Francais avait profondement agite tous les
peuples de cette contree. Il fallait que celui qui allait y entrer fut
aussi profond politique que grand capitaine, pour s'y conduire avec
prudence. On sait comment l'Italie se presente a qui debouche de
l'Apennin. Les Alpes, les plus grandes montagnes de notre Europe,
apres avoir decrit un vaste demi-cercle au couchant, dans lequel elles
renferment la Haute-Italie, retournent sur elles-memes, et s'enfoncent
tout a coup en ligne oblique vers le midi, formant ainsi une longue
peninsule baignee par l'Adriatique et la Mediterranee. Bonaparte,
arrivant du couchant, et ayant franchi la chaine au point ou elle
s'abaisse, et va, sous le nom d'Apennin, former la peninsule, avait
en face le beau demi-cercle de la Haute-Italie, et a sa droite, cette
peninsule etroite et profonde qui forme l'Italie inferieure. Une foule
de petits etats divisaient cette contree qui soupira toujours apres
l'unite, sans laquelle il n'y a pas de grande existence nationale.
Bonaparte venait de traverser l'etat de Genes, qui est place de ce
cote-ci de l'Apennin, et le Piemont qui est au-dela. Genes, antique
republique, constituee par Doria, avait seule conserve une veritable
energie entre tous les gouvernemens italiens. Placee entre les deux
armees belligerantes depuis quatre ans, elle avait su maintenir sa
neutralite, et s'etait mena
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