|
victoire de Loano etait ainsi demeuree sans resultat.
Les armees des provinces de l'Ouest se trouvaient, grace aux soins de
Hoche, dans un meilleur etat que toutes les autres, sans etre cependant
pourvues de tout ce dont elles avaient besoin. Mais, malgre cette
penurie, nos armees, habituees a souffrir, a vivre d'expediens, et
d'ailleurs aguerries par leurs belles campagnes, etaient disposees a de
grandes choses.
Le directoire meditait, disons-nous, de vastes projets. Il voulait finir
des le printemps la guerre de la Vendee, et prendre ensuite l'offensive
sur tous les points. Son but etait de porter les armees du Rhin en
Allemagne pour bloquer et assieger Mayence, achever la soumission des
princes de l'Empire, isoler l'Autriche, transporter le theatre de la
guerre au sein des etats hereditaires, et faire vivre ses troupes aux
depens de l'ennemi dans les riches vallees du Mein et du Necker. Quant a
l'Italie, il nourrissait de plus vastes pensees encore, suggerees par le
general Bonaparte. Comme on n'avait pas profite de la victoire de Loano,
il fallait, suivant ce jeune officier, en remporter une seconde, decider
le roi de Piemont a la paix, ou lui enlever ses etats, franchir ensuite
le Po, et venir enlever a l'Autriche le plus beau fleuron de sa
couronne, la Lombardie. La etait le theatre des operations decisives; la
on allait porter les coups les plus sensibles a l'Autriche, conquerir
des equivalens pour payer les Pays-Bas, decider la paix, et peut-etre
affranchir la belle Italie. D'ailleurs on allait nourrir et restaurer la
plus pauvre de nos armees, au milieu de la contree la plus fertile de la
terre.
Le directoire, s'arretant a ces idees, fit quelques changemens dans le
commandement de ses armees. Jourdan conserva le commandement qu'il avait
si bien merite a la tete de l'armee de Sambre-et-Meuse. Pichegru, qui
avait trahi sa patrie, et dont le crime etait deja soupconne, fut
remplace par Moreau, qui commandait en Hollande. On offrit a Pichegru
l'ambassade en Suede, qu'il refusa. Beurnonville, venu recemment de
captivite, remplaca Moreau dans le commandement de l'armee francaise en
Hollande. Scherer, dont on etait mecontent pour n'avoir pas su profiter
de la victoire de Loano, fut remplace. On voulait un jeune homme
entreprenant pour essayer une campagne hardie. Bonaparte, qui s'etait
deja distingue a l'armee d'Italie, qui d'ailleurs paraissait si penetre
des avantages d'une marche au-dela des Alpes, parut l'homme
|