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que de
Venise. Cette republique, avec sa vieille aristocratie inscrite au Livre
d'or, son inquisition d'etat, son silence, sa politique defiante et
cauteleuse, n'etait plus pour ses sujets ni ses voisins une puissance
redoutable. Avec ses provinces de terre-ferme situees au pied du Tyrol,
et celles d'Illyrie, elle comptait a peu pres trois millions de sujets.
Elle pouvait lever jusqu'a cinquante mille Esclavons, bons soldats,
parce qu'ils etaient bien disciplines, bien entretenus et bien payes.
Elle etait riche d'une antique richesse; mais on sait que depuis deux
siecles son commerce avait passe dans l'Ocean et porte ses tresors
chez les insulaires de l'Atlantique. Elle conservait a peine quelques
vaisseaux; et les passages des lagunes etaient presque combles.
Cependant elle etait puissante encore en revenus. Sa politique
consistait a amuser ses peuples, a les assoupir par le plaisir et le
repos, et a observer la plus grande neutralite a l'egard des puissances.
Cependant les nobles de terre-ferme etaient jaloux du Livre d'or, et
supportaient impatiemment le joug de la noblesse retranchee dans les
lagunes. A Venise meme, une bourgeoisie assez riche commencait a
reflechir. En 1793, la coalition avait force le senat a se prononcer
contre la France; il avait cede, mais il revint a sa politique neutre,
des qu'on commenca a traiter avec la republique francaise. Comme on l'a
vu precedemment, il s'etait presse autant que la Prusse et la Toscane
pour envoyer un ambassadeur a Paris. Maintenant encore, cedant aux
instances du directoire, il venait de signifier au chef de la maison de
Bourbon, alors Louis XVIII, de quitter Verone. Ce prince partit, mais
en declarant qu'il exigeait la restitution d'une armure donnee par son
aieul Henri IV au senat, et la suppression du nom de sa famille des
pages du Livre d'or.
Telle etait alors l'Italie. L'esprit general du siecle y avait penetre,
et enflamme beaucoup de tetes. Les habitans n'y souhaitaient pas tous
une revolution, surtout ceux qui se souvenaient des epouvantables scenes
qui avaient ensanglante la notre; mais tous, quoique a des degres
differens, desiraient une reforme; et il n'y avait pas un coeur qui ne
battit a l'idee de l'independance et de l'unite de la patrie italienne.
Ce peuple d'agriculteurs, de bourgeois, d'artistes, de nobles, les
pretres exceptes qui ne connaissaient que l'Eglise pour patrie,
s'enflammait a l'espoir de voir toutes les parties du pays reunies en
une se
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