|
ule, sous un meme gouvernement, republicain ou monarchique, mais
italien. Certes, une population de vingt millions d'ames, des cotes et
un sol admirables, de grands ports, de magnifiques villes, pouvaient
composer un etat glorieux et puissant! Il ne manquait qu'une armee. Le
Piemont seul, toujours engage dans les guerres du continent, avait des
troupes braves et disciplinees. Sans doute la nature etait loin d'avoir
refuse le courage naturel aux autres parties de l'Italie; mais le
courage naturel n'est rien sans une forte organisation militaire.
L'Italie n'avait pas un regiment qui put supporter la vue des
baionnettes francaises ou autrichiennes.
A l'approche des Francais, les ennemis de la reforme politique furent
frappes d'epouvante; ses partisans transportes de joie. La masse entiere
etait dans l'anxiete; elle avait des pressentimens vagues, incertains;
elle ne savait s'il fallait craindre ou esperer.
Bonaparte, en entrant en Italie, avait le projet et l'ordre d'en chasser
les Autrichiens. Son gouvernement voulant, comme on l'a dit, se procurer
la paix, ne songeait a conquerir la Lombardie que pour la rendre a
l'Autriche, et forcer celle-ci a ceder les Pays-Bas. Bonaparte ne
pouvait donc guere songer a affranchir l'Italie; d'ailleurs avec trente
et quelques mille hommes pouvait-il afficher un but politique? Cependant
les Autrichiens une fois rejetes au-dela des Alpes, et sa puissance
bien assuree, il pouvait exercer une grande influence, et, suivant les
evenemens, tenter de grandes choses. Si, par exemple, les Autrichiens
battus partout, sur le Po, sur le Rhin et le Danube, etaient obliges
de ceder meme la Lombardie; si les peuples vraiment enflammes pour la
liberte se prononcaient pour elle a l'approche des armees francaises,
alors de grandes destinees s'ouvraient pour l'Italie! Mais en attendant,
Bonaparte devait n'afficher aucun but pour ne pas irriter tous les
princes qu'il laissait sur ses derrieres. Son intention etait donc de ne
montrer aucun projet revolutionnaire, mais de ne point contrarier non
plus l'essor des imaginations, et d'attendre les effets de la presence
des Francais sur le peuple italien.
C'est ainsi qu'il avait evite d'encourager les mecontens du Piemont,
parce qu'il y voyait un pays difficile a revolutionner, un gouvernement
fort, et une armee dont l'alliance pouvait etre utile.
L'armistice de Cherasco etait a peine signe qu'il se mit en route.
Beaucoup de gens dans l'armee desapprouvaien
|