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et le comte
Latour.
Il fut convenu que des plenipotentiaires partiraient sur-le-champ pour
Paris, afin de traiter de la paix definitive. Les trois places demandees
furent livrees, avec des magasins immenses. Des ce moment l'armee avait
sa ligne d'operation couverte par les trois plus fortes places du
Piemont; elle avait des routes sures, commodes, beaucoup plus courtes
que celles qui passaient par la riviere de Genes, et des vivres en
abondance; elle se renforcait d'une quantite de soldats qui, au bruit
de la victoire, quittaient les hopitaux; elle possedait une artillerie
nombreuse prise a Cherasco et dans les differentes places, et grand
nombre de chevaux; elle etait enfin pourvue de tout, et les promesses
du general etaient accomplies. Dans les premiers jours de son entree
en Piemont, elle avait pille, parce qu'elle n'avait, dans ces marches
rapides, recu aucune distribution. La faim apaisee, l'ordre fut retabli.
Le comte de Saint-Marsan, ministre de Piemont, visita Bonaparte et sut
lui plaire; le fils meme du roi voulut voir le jeune vainqueur, et lui
prodigua des temoignages d'estime qui le toucherent. Bonaparte leur
rendit adroitement les flatteries qu'il avait recues; il les rassura sur
les intentions du directoire, et sur le danger des revolutions. Il etait
sincere dans ses protestations, car il nourrissait deja une pensee qu'il
laissa percer adroitement dans ses differens entretiens. Le Piemont
avait manque a tous ses interets en s'alliant a l'Autriche: c'est a
la France qu'il devait s'allier; c'est la France qui etait son amie
naturelle, car la France, separee du Piemont par les Alpes, ne pouvait
songer a s'en emparer; elle pouvait au contraire le defendre contre
l'ambition de l'Autriche, et peut-etre meme lui procurer des
agrandissemens. Bonaparte ne pouvait pas supposer que le directoires
consentit a donner aucune partie de la Lombardie au Piemont; car elle
n'etait pas conquise encore, et on voulait d'ailleurs la conquerir
que pour en faire un equivalent des Pays-Bas; mais un vague espoir
d'agrandissement pouvait disposer le Piemont a s'allier a la France,
ce qui nous aurait valu un renfort de vingt mille hommes de troupes
excellentes. Il ne promit rien, mais il sut exciter par quelques mots la
convoitise et les esperances du cabinet de Turin.
Bonaparte, qui joignait a un esprit positif une imagination forte et
grande, et qui aimait a emouvoir, voulut annoncer ses succes d'une
maniere imposante et nouve
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