|
plus prudent d'achever la ruine des Piemontais. Il ne s'engagea pas
dans la vallee de la Bormida pour descendre vers le Po, a la suite des
Autrichiens; il prit a gauche, s'enfonca dans les gorges de Millesimo,
et suivit la route du Piemont. La division Laharpe resta seule au camp
de San-Benedetto, dominant le cours du Belbo et de la Bormida, et
observant les Autrichiens. Les soldats etaient accables de fatigue; ils
s'etaient battus le 22 et le 23 a Montenotte, le 24 et le 25 a Millesimo
et Dego, avaient perdu et repris Dego le 26, s'etaient reposes seulement
le 27, et marchaient encore le 28 sur Mondovi. Au milieu de ces marches
rapides, on n'avait pas le temps de leur faire des distributions
regulieres; ils manquaient de tout, et ils se livrerent a quelques
pillages. Bonaparte indigne sevit contre les pillards avec une grande
rigueur, et montra autant d'energie a retablir l'ordre qu'a poursuivre
l'ennemi. Bonaparte avait acquis en quelques jours toute la confiance
des soldats. Les generaux divisionnaires etaient subjugues. On ecoutait
avec attention, deja avec admiration, le langage precis et figure du
jeune capitaine. Sur les hauteurs de Monte-Zemoto, qu'il faut franchir
pour arriver a Ceva, l'armee apercut les belles plaines du Piemont et
de l'Italie. Elle voyait couler le Tanaro, la Stura, le Po, et tous ces
fleuves qui vont se rendre dans l'Adriatique; elle voyait dans le fond
les grandes Alpes couvertes de neige; elle fut saisie en contemplant ces
belles plaines de la _terre promise_[2]. Bonaparte etait a la tete de
ses soldats; il fut emu. "Annibal, s'ecria-t-il, avait franchi les
Alpes; nous, nous les avons tournees." Ce mot expliquait la campagne
pour toutes les intelligences. Quelles destinees s'ouvraient alors
devant nous!
[Footnote 2: Expression de Bonaparte.]
Colli ne defendit le camp retranche de Ceva que le temps necessaire pour
ralentir un peu notre marche. Cet excellent officier avait su raffermir
ses soldats, et soutenir leur courage. Il n'avait plus l'espoir de
battre son redoutable ennemi; mais il voulait faire sa retraite pied a
pied, et donner aux Autrichiens le temps de venir a son secours par
une marche detournee, comme on lui en faisait la promesse. Il s'arreta
derriere la Cursaglia, en avant de Mondovi. Serrurier, qui, au debut de
la campagne, avait ete laisse a Garessio pour observer Colli, venait de
rejoindre l'armee. Ainsi elle avait une division de plus. Colli etait
couvert par la Cursag
|