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r, methodique et brave;
enfin Berthier, que son activite, son exactitude a soigner les details,
son savoir geographique, sa facilite a mesurer de l'oeil l'etendue d'un
terrain ou la force numerique d'une colonne, rendaient eminemment propre
a etre un chef d'etat-major utile et commode.
Cette armee avait ses depots en Provence; elle etait rangee le long de
la chaine des Alpes; se liant par sa gauche avec celle de Kellermann,
gardant le col de Tende, et se prolongeant vers l'Apennin. L'armee
active s'elevait au plus a trente-six mille hommes. La division
Serrurier etait a Garessio, au-dela de l'Apennin, pour surveiller les
Piemontais dans leur camp retranche de Ceva. Les divisions Augereau,
Massena, Laharpe, formant une masse d'environ trente mille hommes,
etaient en-deca de l'Apennin.
Les Piemontais, au nombre de vingt ou vingt-deux mille hommes, sous
les ordres de Colli, campaient a Geva, sur les revers des monts. Les
Autrichiens, au nombre de trente-six ou trente-huit mille, s'avancaient
par les routes de la Lombardie vers Genes. Beaulieu, qui les commandait,
s'etait fait remarquer dans les Pays-Bas. C'etait un vieillard que
distinguait une ardeur de jeune homme. L'ennemi pouvait donc opposer
environ soixante mille soldats aux trente mille que Bonaparte avait a
mettre en ligne; mais les Autrichiens et les Piemontais etaient peu
d'accord. Suivant l'ancien plan, Colli voulait couvrir le Piemont;
Beaulieu voulait se maintenir en communication avec Genes et les
Anglais.
Telle etait la force respective des deux partis. Quoique Bonaparte se
fut deja fait connaitre a l'armee d'Italie, on le trouvait bien jeune
pour la commander. Petit, maigre, sans autre apparence que des traits
romains, et un regard fixe et vif, il n'avait dans sa personne et sa
vie passee rien qui put imposer aux esprits. On le recut sans beaucoup
d'empressement. Massena lui en voulait deja pour s'etre empare de
l'esprit de Dumerbion en 1794. Bonaparte tint a l'armee un langage
energique. "Soldats, dit-il, vous etes mal nourris et presque nus. Le
gouvernement vous doit beaucoup, mais ne peut rien pour vous. Votre
patience, votre courage vous honorent, mais ne vous procurent ni
avantage ni gloire. Je vais vous conduire dans les plus fertiles plaines
du monde; vous y trouverez de grandes villes, de riches provinces;
vous y trouverez honneur, gloire et richesses. Soldats d'Italie,
manqueriez-vous de courage?" L'armee accueillit ce langage avec
plaisir:
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