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ase de rochers, les vents la battent
incessamment, et de ses flancs s'envolent, en jetant de longs cris, les
oiseaux aux ailes grises, vers l'Ocean.
X
Saint-Nazaire.
=Le nouveau port et la nouvelle ville.=
La Bretagne, quelque isolee qu'elle soit par ses moeurs du reste de la
France, n'est pas restee etrangere a l'incessante activite de notre epoque:
elle aussi a vu les larges routes traverser ses landes desertes et les
chemins de fer pousser en avant leurs rails rigides, qui tout a l'heure
vont atteindre Brest, au bout de la terre. Mais son oeuvre la plus
importante devait etre sur la cote meme, au bord de cette mer qui l'attire
et lui donne la vie: ses petits ports ne lui suffisaient plus; au versant
de la presqu'ile, a cinquante lieues de Brest, elle a cree un grand port,
Saint-Nazaire.
Il y a dix ans, c'etait un village de cinq cents ames; il n'y avait pas de
port; on n'y voyait que quelques barques de pecheurs qui se mettaient a
l'abri derriere une petite jetee. Aujourd'hui, c'est une ville de cinq
mille ames, qui, dans dix ans, en aura trente mille.
Depuis longtemps on se plaignait que les sables empechaient les grands
navires de remonter la Loire jusqu'a Nantes; ils s'arretaient a Paimbeuf,
ou ils s'allegeaient d'une partie de leur cargaison. Ce beau fleuve de la
Loire est en effet sillonne et comme parcouru, dans presque tout son cours,
par des sables voyageurs. Pres de son embouchure meme, a trois lieues de la
mer, ou la Loire est large d'une lieue, le chenal n'a parfois pas plus de
deux pieds d'eau; les bateaux a vapeur qui courent charges de voyageurs
entre ses deux rives basses et verdoyantes, labourent le fond du fleuve
avec leur quille comme une charrue, et laissent en fuyant, derriere eux, de
longs sillons d'une eau troublee et jaunatre.
Un jour, il est decide que Saint-Nazaire deviendra un port. Aussitot, avec
cette ardeur propre a notre age, on se met a l'oeuvre: la terre est
largement entamee; on creuse un bassin de vingt-quatre pieds de profondeur;
les plus grands navires de commerce y peuvent entrer, meme les fregates; le
chemin de fer de Nantes est prolonge jusqu'a Saint-Nazaire; en peu de
temps, vingt rails s'alignent et se croisent au bord du bassin. Cependant,
pour couvrir ce port nouveau, il faut des fortifications: on amoncelle les
terres enlevees des quatorze hectares du bassin, on les eleve tout autour
comme des collines; de larges fosses les environnent; bientot la maco
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