|
ne autre grande maison s'appuiera a la
maison voisine, on la bordera de trottoirs, on allumera le gaz; voila une
rue Vivienne. Une vaste place est tracee devant le bassin; il n'y a la
encore que deux ou trois maisons a chaque extremite; le centre est rempli
de decombres; mais ces maisons, ce sont de grands cafes, des hotels ou la
table est sans cesse dressee et toujours servie: une population active,
ardente, pressee, ouvriers, marins, industriels, voyageurs, va et vient,
remue les moellons, creuse la terre, descend des wagons, debarque des
bateaux a vapeur, charge et decharge les navires; de la jetee a la gare,
c'est tout un peuple fourmillant dans un espace etroit encore.
Deja les premiers negociants de Nantes y ont des comptoirs, deja le bassin
est rempli de navires venus de tous les points du monde; on y voit ces
grands clippers americains de dimensions colossales, qui jaugent dix-huit
cents tonneaux et tirent vingt-quatre pieds d'eau, comme des fregates. Deja
l'on a compris l'insuffisance d'un seul bassin; on en commence un second,
on en projette un troisieme. A toute heure, les longs bateaux a vapeur
filent devant vous, pour remorquer les navires, pour transporter les
marchandises et les materiaux necessaires au service du port; et, au
travers de ce mouvement general, du bruit incessant des chantiers de toutes
sortes, des pelles, des pioches et des marteaux, des chaines qui crient en
levant les ancres, du murmure sourd des machines ca et la dressees, des
cris d'appel des ouvriers, des chants cadences des matelots penches sur le
cabestan, par-dessus meme la rumeur aboyante des vagues qui tombent sur le
rivage comme une masse de plomb, a coups egaux, de temps en temps un
sifflet strident, aigu, dechire l'air, et s'eleve vers le ciel comme une
plainte de douleur qui s'echappe et se tait tout a coup. C'est le sifflet
du chemin de fer, de la locomotive toujours allumee, toujours prete a
partir, la machine du _mouvement_, c'est son nom, et qui semble dire:
Allons! allons! pressez-vous! avancons!
XI
Les lutteurs.
=Les costumes.--Les Pardons.--La lutte.--Postic.=
Les Pardons de Bretagne sont, avant tout, des fetes religieuses, mais aussi
des fetes de village, des _assemblees_, comme on dit en Poitou, ou les
divertissements et les jeux succedent aux ceremonies de l'Eglise. Si le
pardon dure deux jours, la premiere journee appartient exclusivement a la
religion: la grand'messe d'abord; l'eglise de la parois
|