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rds de la
mer, ronge la feuille et penche les branches du cote de la terre; cette
inclinaison uniforme d'un seul cote donne aux rivages de la mer une
solennelle tristesse; l'homme sent que la sa force est impuissante; c'est
une autre main qui courbe ces arbres et leur donne leur pli pour toujours.
Mais lui, dure tete bretonne, avec la tenacite de sa race, il a creuse ca
et la de larges espaces ou il a plante des arbres verts; ces pauvres petits
arbres, du fond de ces trous, elevent timidement la tete de quelques
pouces, jusqu'a ce que l'apre bise, venant par-dessus, les arrete
brusquement et leur dise aussi en son langage: Tu ne monteras pas plus
haut!
Quant au chateau, il eut un instant la pensee de le batir dans les flancs
de la vieille tour; des divans de soie de son salon, on eut apercu la
pleine mer par les fenetres a ogives percees dans un mur de dix pieds; mais
il fut intimide par cette masse de pierres qui se tiennent a peine et
surplombent au-dessus de sa tete; il desespera d'atteindre, avec ses petits
etages, le haut de cette ruine decouronnee, et il se resigna a construire
son chateau au pied de la tour, a quelques pas, dans son ombre. La il a
bati un pittoresque logis, une sorte de villa italienne, peinte de vives
couleurs, avec une galerie a jour courant le long du toit plat, il y a
rassemble les stucs et les marbres, les vases et les dorures, tout le luxe
de notre temps.
Mais, lorsqu'on sort de cette jolie et coquette demeure, le contraste des
deux societes apparait saisissant: le petit chateau, accroupi au bas de la
tour, s'abaisse comme humilie et craintif; tous les details
s'amoindrissent; il semble qu'a peine un homme passerait par ses portes
etroites; on dirait qu'on le peut saisir a deux mains par les arcs de sa
balustrade comme par des anses, l'enlever de terre, et l'emporter comme un
joujou d'enfant. Et vis-a-vis, au contraire, s'eleve la haute tour, montee
sur un enorme monceau de debris ecroules; les grandes pierres de son faite
pendent dans le vide, et sur l'azur du ciel s'ouvrent les degres de son
escalier rompu. Dressee a l'extremite d'un promontoire qui s'avance dans la
mer, de plusieurs lieues, de toute la cote et de l'Ocean, on apercoit sa
masse longue et sombre; tout a l'entour la campagne est nue et sans arbres,
presque sans maisons; ebrechee et crevee, elle s'allonge vers le ciel,
comme un colossal obelisque; au-dessous, a plusieurs centaines de pieds, la
mer frappe de ses vagues sa b
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