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desert; les mulons de sel qui la jalonnent
de leur cone pointu, les tentes dispersees d'une tribu; les paludiers vetus
de blanc qui galopent sur leurs petits chevaux entre les lagunes, les
Arabes au burnous de laine, courant a travers le desert.
Par dela ce desert, s'etend la mer bleue qui, dans l'eloignement, semble
immobile, et sur laquelle glissent les vaisseaux.
Guerande est en plaine, Dinan sur une montagne, avec un port sous ses
grands murs. Du haut de ses remparts, vous decouvrez, tout en bas, une
toute petite riviere, un ruisseau, ou circulent de petites barques, de
petits et etroits bateaux a vapeur, un petit quai etroit aussi, borde de
vieilles maisons pressees, et sur ce quai (les jours de marche) des
centaines de voitures et de chariots entasses, et parmi ces chariots une
fourmiliere blanche et noire d'hommes et de femmes, parlant, criant,
gesticulant, avec un bruit confus, une sourde rumeur qui monte jusqu'a
vous, tout cela au fond, a plusieurs centaines de pieds, comme dans un
entonnoir; et ces bateaux, et ces maisons, ces chariots et ces hommes sont
si petits, que vous diriez d'un jeu d'optique.
Maintenant entrez dans l'interieur de la ville; devant vous s'ouvre une rue
du XIVe siecle, presque intacte, longue et tortueuse; c'etait la coutume du
moyen age: avec les rues tortueuses on se preservait de la grande chaleur
et des attaques de l'ennemi. Vous connaissiez les maisons du moyen age par
les gravures et les vieux tableaux; vous les retrouvez ici debout,
habitees, vivantes; ces images sont la realite. Oui, voila, a droite et a
gauche, les maisons serrees l'une contre l'autre, dressant les pointes de
leurs pignons aigus; voila les porches carres a gros piliers de bois, les
boutiques a basse devanture; ces porches otent une partie du jour au
rez-de-chaussee, et vous croiriez que c'est un desavantage; au contraire,
les marchands etalent leurs denrees sous le porche et s'y tiennent
eux-memes; la maison est ainsi ouverte a tout venant. On circule sous les
porches, a travers les ballots, les caisses et les paniers; c'est a la fois
la maison et la rue, un continuel commerce des boutiquiers avec les
passants. Voila les etages surplombant l'un sur l'autre, a peine separes
par des poutres etroites, les fenetres a mille compartiments, a petites
vitres qui se touchent presque: la maison en est toute eclairee, la lumiere
y entre de tous cotes, et avec elle, la gaite. Voila la facade sillonnee de
poutres croisee
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