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es encore. Et, quand, montant,
descendant, se baissant ca et la pour cueillir _l'oeillet de poete_, petite
fleur d'un rose pale qui croit sur une mousse reche et rase, on est parvenu
a quelque angle herisse, quand, en s'accrochant a une asperite de la
pierre, on se penche au bord de l'abime ou bouillonne et bruit et tempete
la vague verdatre, on ecoute ce fracas formidable, on regarde cette onde
vivante, sans se fatiguer, sans s'en rassasier; on est comme enivre de
cette rumeur qui, depuis des siecles, toujours la meme, a ete ecoutee des
Bretons et des Celtes, et qui, aujourd'hui comme alors, emplit l'ame d'une
terreur secrete et d'une tristesse solennelle.
C'est la le bec du Raz: a cette masse de rocs que battent les flots sans
cesse irrites, et qui git, etendue comme le squelette d'un geant exhume,
finit la terre. C'est bien ainsi qu'on se figure l'antique Armorique, apre,
inculte, sol dur que percent a chaque pas les rocs et les pierres, des
cotes escarpees, la mer sauvage, et a l'horizon, une ile montant de la mer,
l'ile de Sein, retraite des Druides mystiques qui vivaient separes des
hommes et ne communiquaient qu'avec le ciel.
Cette cote de rochers n'a pas toujours eu cet aspect desole: la baie de
Douarnenez est une des conquetes de l'Ocean. Les terribles cataclysmes ont,
de tout temps, ete consideres par les peuples comme des effets de la colere
de Dieu, la punition des crimes de leurs peres. La science qui examine ces
rocs et ces rivages, qui sonde les flots des mers, pretend expliquer les
revolutions de la terre par quelque mouvement naturel. Quand quelques
hommes, echappes aux lames rapides, plus rapides que les plus vites
coursiers, reviennent apres la tempete et interrogent d'un pas hesitant le
sol bouleverse, ils trouvent, a la place des lieux qu'ils cherchaient la
mer, la mer qui etend au loin sa plaine sans fin et sans fond; ou etait une
ville, les flots; la vague maintenant apaisee, comme dans les vers du
poete, baise amoureusement le rivage, et sous cette eau etincelant au
soleil, rien de ce qui est englouti ne parait.
Le sentiment de la justice divine alors s'eveille dans les coeurs; ils se
disent que ce peuple, emporte tout d'un coup et sans remission, n'a pu etre
frappe sans l'avoir merite: les actions du passe se levent devant eux, et
des fantomes paraissent dans l'air, montrant du doigt l'abime. Alors, on se
rappelle le mot de l'antique vieillard: que Dieu punit les peuples des
crimes de ses ro
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