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et
feconde. Cette ile au milieu du fleuve etait, au VIIIe siecle, le repaire
de pirates normands; elle s'appelle l'_ile Batailleuse_; sur cette
esplanade qui domine la Loire, au moyen age, s'elevait un chateau-fort,
d'ou un baron avide ranconnait les barques au passage. A l'autre bord, un
autre chateau, nomme la Madeleine, surveillait de son cote la Loire. Entre
les deux seigneurs, la guerre etait permanente: Angevins de Saint-Florent
et Bretons de la Madeleine passaient et repassaient sans cesse le fleuve,
et se livraient des combats acharnes. Les Angevins finirent par etre
domptes; ils cederent aux Bretons l'extremite de l'esplanade qui s'avance
comme un haut promontoire au-dessus du fleuve; cette pointe de terre
s'appelle encore la _Bretagne_; tout a l'entour c'etait l'Anjou, ce petit
coin seul etait la Bretagne; les vainqueurs ont perpetue leur triomphe en
ce qui demeure le plus d'un peuple, le nom et la langue.
Mais notre temps laisse a la posterite de plus emouvants souvenirs: ce
bourg que l'on apercoit en face est la Meilleraye ou Bonchamp expira; cet
autre, Varade ou il fut enterre; dans celui-ci, a Saint-Florent meme, il
fit grace aux prisonniers republicains, et on lui a erige un tombeau; c'est
ici que les Vendeens vaincus passerent la Loire, et ici que fut tire le
premier coup de canon qui alla eveiller Cathelineau dans sa chaumiere:
c'est comme le resume des guerres de la Vendee.
Le 10 mars 1793, on devait tirer au sort, a Saint-Florent, pour la levee de
trois cent mille hommes. Dans un carrefour forme par deux ou trois rues au
haut de la ville, les jeunes gens du pays, leurs batons a cordon de cuir a
la main, etaient reunis en groupes nombreux et agites. Leurs peres leur
avaient dit qu'en devenant soldats de la republique, ils serviraient les
ennemis de Dieu et de la religion. Ils etaient bien resolus a ne pas
partir, mais la plupart ne savaient ce qu'ils avaient a faire; seulement,
quelques-uns, venus avec leurs fusils, s'etaient caches dans les maisons
voisines et attendaient. De son cote, le commandant republicain avait fait
trainer jusque-la une piece de canon qui, braquee sous une grande porte,
menacait la place et les rues.
On commence l'appel des conscrits; pas un ne se presente; l'ordre est donne
de saisir les refractaires; les gendarmes sont accueillis par une huee
generale; les paysans, faisant le moulinet avec leurs batons, les
bousculent et les repoussent. Le chef de la troupe somme alors la
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