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iberateurs. Seulement, et c'est ce qui a cause l'erreur de ces historiens,
a la fin du jour, l'avant-garde republicaine arriva a Saint-Florent, ou
elle esperait trouver encore les Vendeens: le representant Choudieu, qui
marchait en tete avec une escorte de cavaliers, alla droit a la maison d'un
des principaux habitants du bourg, et s'informa des Vendeens; on lui apprit
que tous avaient franchi le fleuve.--Mais leur artillerie?
demanda-t-il.--Ils n'ont pu l'emmener; ils en ont laisse ici une grande
partie.--Ou sont les canons? dit-il vivement; quelqu'un peut-il m'y
conduire?--Moi, je vais vous y mener! s'ecria un jeune garcon de douze ans,
en se presentant. Choudieu saisit l'enfant par un bras, l'enleva sur sa
botte, et le mit en selle devant lui; puis, suivi de ses cavaliers, il
arriva a l'esplanade, ou etaient restes les canons. Les Vendeens, soit
hate, soit ignorance, ne les avaient pas encloues. Le representant, alors,
de ce lieu eleve, apercut par dela le large fleuve la foule du peuple
vendeen, encore haletante, fuyant a travers les ombres qui s'abaissaient:
Nous ne les atteindrons pas, dit-il, mais, du moins, informons-les de notre
presence. Il fit mettre pied a terre a ses soldats et pointer les pieces
sur Varade; cinq ou six boulets franchirent le fleuve et vinrent mourir
inoffensifs sur le sable.
Ce recit m'etait fait par le neveu de ce jeune garcon qui, jadis, dans
l'impatiente ardeur de son age, avait guide Choudieu; et, en rappelant ces
details qui rehabilitaient le parti contraire, cet homme, coeur franc et
loyal, relevait noblement la tete, heureux d'attester qu'un crime de plus
n'avait pas souille ces luttes fratricides.
J'etais a la place meme ou avaient ete pointes les canons de Choudieu; la
s'eleve aujourd'hui la colonne commemorative de Bonchamp, et, a cote, le
couvent, jadis celebre abbaye de benedictins, qui servit de prison aux
republicains. Et ce couvent, car il semble que ce petit bourg, sur les
confins de la Bretagne et de la Vendee, ait ete le rendez-vous d'evenements
extraordinaires, il a ete incendie, non par les republicains, comme on le
pourrait croire, mais par un Vendeen. Son nom etait Poitevin, mais on
l'appelait _Chante-en-Hiver_: ainsi que les peuples primitifs des forets
americaines, ces guerriers de la Vendee avaient aussi leur langue
pittoresque et expressive. Quand, a la fin de la guerre, le soldat de
Bonchamp revint a Saint-Florent et qu'il revit ce couvent ou, enfant, il
avait
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