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r, chetifs et etioles, ne s'elevent qu'a quelques pieds
au-dessus des toits. Des champs de sarrasin, ou il y a plus de pierres que
de terre, sont entoures de petits murs de cailloux amonceles sans ordre; et
ces petits murs bas, croisant a l'infini leurs lignes blanches, ressemblent
a des milliers de tombes d'un cimetiere abandonne.
Des landes pales recouvrent comme d'un manteau sombre la plaine morne et
deserte; ca et la pointe une croix ou le clocher aigu d'une chapelle. Des
moutons noirs paissent une herbe rare dans d'etroites enceintes; un cheval
isole tourne autour du pieu ou il est attache; de distance en distance
apparait debout un patre immobile; a son attitude, a sa forme vague qui se
dessine sur le ciel gris et que la perspective allonge, on ne sait si c'est
un etre vivant ou quelque debris druidique; on est pres de le prendre pour
un menhir.
Puis, plus de maisons, plus de champs, plus meme les petits murs de pierres
entassees: la lande partout, des sables et des pierres, une terre arrondie
en mamelons qui montent et s'abaissent par grandes vagues, comme la mer.
Enfin, d'un point plus eleve, on apercoit tout a coup la mer, non plus
seulement a droite et a gauche, mais partout, devant soi, faisant le tour
de l'horizon a perte de vue. Des blocs de rochers enormes s'avancent
longuement parmi les flots, comme si la terre voulait faire un pas de plus
et poser son pied de granit dans l'Ocean. Rien que la mer, et, sur cette
mer nue, un navire perdu dans l'immensite.
Encore quelques pas, vous voila au bord: un tapage, un bruit continu, une
rumeur incessante, sourde et dechirante a la fois, comme d'un canon qui
gronderait au loin. Ce sont les vagues qui roulent sur les ecueils, s'y
dechirent en larges nappes, et, pressees l'une par l'autre, viennent
frapper les rocs a pic du rivage, leur donner l'assaut et monter contre
leur muraille impassible, pour retomber a leurs pieds en glauques remous,
mugissant et grondant comme des lionnes a demi domptees.
Au pied de ces rochers on s'arrete un instant, puis, pousse par cette
curiosite infinie de l'homme qui tend toujours plus avant, on les veut
franchir. On escalade leurs sommets aigus, leurs aiguilles dentelees, leurs
assises penchantes. Et la, comme dans les montagnes, en ces vastes
solitudes de la mer, la distance trompe; on croyait n'avoir devant soi que
quelques rocs; ils grandissent en approchant, le but recule a mesure qu'on
le croit toucher; apres ces rocs, d'autr
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