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foule
d'evacuer la place; la foule, menacante, demeure immobile; il commande le
feu, les paysans s'enfuient de tous cotes; en un clin d'oeil, la place fut
deserte; personne n'avait ete tue.
Mais, a l'instant, des fenetres des maisons, du fond de la place, des
angles des rues, part une fusillade nourrie; la troupe surprise et
decouverte se trouble; les paysans reviennent, les plus braves s'elancent
sur la piece avant qu'elle tire de nouveau; les soldats se sauvent, le
canon est pris.
Trois jours apres, les cloches de toutes les paroisses, sonnant le tocsin,
jetaient aux mille echos du Bocage, de la Loire a la Plaine, et de Saumur a
la mer, le cri de guerre de tout un peuple. La Vendee entiere etait debout,
debout pour son roi, et bien plus encore pour son culte et son Dieu, pour
ces croyances intimes et profondes, vraie vie de l'homme, force et vertu du
foyer domestique, pour la guerre sacree, selon le mot antique: _Pro aris et
focis_. Voila la raison de la resistance heroique de ce peuple, qu'on a
appele un _peuple de geants_; il est tombe sous le nombre, il n'a pas ete
vaincu; sa cause a triomphe: la religion qu'il avait defendue sur les
champs de bataille de la Vendee.
Maintenant, du haut de cette esplanade, voyez-vous, dans la vaste plaine,
cette foule confuse, paysans, femmes, vieillards, enfants, pele-mele avec
les chevaux, les canons, les chariots, cent mille etres humains se hatant,
se pressant aux bords du fleuve; ces barques chargees allant et venant
d'une rive a l'autre; ce jeune chef, la Rochejaquelein, tout enflamme,
galopant et donnant des ordres; dans une voiture trainee a petits pas,
Lescure blesse a mort? Entendez-vous les cris, les mouvements confus, le
bruit du canon lointain?
Huit mois se sont ecoules; apres avoir defait six armees, pris Thouars,
Saumur, Angers, battu Kleber et ses Mayencais, le peuple vendeen, decime
enfin, dans une derniere bataille, a Cholet, fuit le sol de la patrie, et,
comme le cerf blesse, se jette dans le fleuve, aspirant a l'autre bord,
pour y prolonger sa lutte et sa vie.
Cependant, dans une salle carrelee d'une petite maison, au bas de la ville,
Bonchamp etait etendu et pres d'expirer. Des femmes pieuses l'entouraient
de leurs soins, soins inutiles, il le savait, et ce general, que si peu de
mois venaient de rendre immortel, attendait en priant l'heure de l'eternel
repos.
Au meme moment, cinq mille prisonniers republicains etaient entasses dans
un ancien couve
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